[Test] Thunder Hoop Collection
Au début des années 1990, l’arcade ne se résumait pas aux productions japonaises de Capcom, Konami, SNK ou Sega. En Europe aussi, quelques studios tentaient de se faire une place dans les salles, et l’Espagnol Gaelco faisait partie des plus actifs. Sorti en 1992, Thunder Hoop est justement l’un de ces jeux qui ont traversé les décennies dans une relative confidentialité. Sa suite, TH Strikes Back, arrivée deux ans plus tard, connaîtra un destin similaire.
Thunder Hoop Collection permet enfin de réunir ces deux titres dans une compilation facilement accessible sur les machines actuelles. Derrière une apparence de simple opération de préservation se cache une véritable redécouverte : celle de deux jeux d’action et de plateformes qui empruntent volontiers à quelques grands classiques de leur époque tout en affichant une personnalité particulièrement étrange.
Mutants grotesques, héros bio-conçu, savant fou, décors organiques, action frénétique et difficulté typiquement arcade constituent le programme. Plus de trente ans après leur sortie, tout n’a évidemment pas vieilli de la même manière, mais la formule conserve suffisamment de caractère pour justifier ce retour.
Le premier Thunder Hoop pose les bases de cet univers en 1992. Le professeur Genbreak a créé toute une série de monstres génétiquement modifiés et c’est à Thunder Hoop, jeune héros lui-même issu d’expérimentations biologiques, de mettre un terme à ses activités. Le scénario n’est évidemment qu’un prétexte destiné à envoyer immédiatement le joueur au combat.
Avec sa chevelure et son allure générale, le protagoniste évoque immanquablement certains héros de mangas de l’époque, mais le jeu s’oriente rapidement vers un mélange très occidental de plateforme et de run and gun. Thunder Hoop traverse cinq niveaux en sautant de plateforme en plateforme, en grimpant à différents éléments du décor et surtout en éliminant tout ce qui se présente devant lui à l’aide de ses projectiles. Il peut également rebondir sur certains adversaires ou projectiles, tandis que différents bonus améliorent ponctuellement son potentiel offensif.
Le résultat se situe quelque part entre le jeu de plateforme à l’ancienne et le shooter pédestre, avec une progression qui repose beaucoup sur l’apprentissage. Les ennemis arrivent régulièrement depuis des endroits difficiles à anticiper et un seul contact suffit pour perdre une vie. Cette exigence constitue à la fois l’une des principales qualités du jeu et son défaut le plus évident.
Une fois les niveaux mémorisés, les enchaînements deviennent beaucoup plus naturels et l’on prend plaisir à traverser les écrans en éliminant rapidement les créatures qui apparaissent. Lors d’une première partie, en revanche, certains placements peuvent sembler franchement punitifs. Un adversaire surgit à proximité immédiate du personnage, un projectile arrive depuis une zone difficilement visible ou plusieurs types de monstres attaquent simultanément et la sanction est immédiate. Les affrontements contre les boss sont heureusement davantage basés sur l’observation de leurs routines et offrent des confrontations plus intéressantes.
Visuellement, Thunder Hoop conserve également un charme certain. Les sprites sont détaillés, les environnements colorés et les créatures affichent des designs parfois complètement improbables qui donnent au titre une véritable identité. Le bestiaire bio-organique constitue même l’un des éléments les plus mémorables de l’aventure. L’ensemble reste parfaitement lisible malgré le nombre d’éléments présents à l’écran et la bande-son accompagne efficacement l’action avec des compositions énergiques très représentatives du début des années 1990.
Il faut également composer avec certains effets sonores particulièrement agressifs, à commencer par le fameux cri de Thunder Hoop lorsqu’il meurt, que l’on risque d’entendre très régulièrement.
Le jeu accuse finalement son âge davantage dans son équilibrage que dans ses mécaniques. Sa maniabilité reste suffisamment précise, son rythme fonctionne toujours et son mélange de plateforme et de tir conserve une efficacité immédiate. Ce premier épisode demande simplement d’accepter une conception typiquement arcade où mourir fait partie intégrante de l’apprentissage.
Deux ans plus tard, TH Strikes Back change sensiblement d’échelle. Dix années se sont écoulées dans l’univers du jeu et Genbreak revient avec l’intention de s’emparer de l’ADN de Thunder Hoop. Le jeune héros du premier épisode a laissé place à un combattant adulte beaucoup plus massif, et cette transformation symbolise assez bien l’évolution générale du jeu.
Tout est plus spectaculaire, plus rapide et plus démesuré. Là où Thunder Hoop conservait une composante plateforme très marquée, TH Strikes Back assume beaucoup plus franchement son statut de run and gun. Les références à Contra deviennent évidentes : les ennemis déboulent en nombre, les tirs envahissent l’écran, les explosions se multiplient et le joueur est constamment encouragé à avancer.
L’attaque principale repose toujours sur des décharges d’énergie, auxquelles viennent s’ajouter différents power-ups augmentant considérablement la puissance de feu. Le personnage conserve la possibilité d’éliminer certains ennemis en leur sautant dessus et peut désormais s’accrocher à différents éléments du décor, mécanique notamment exploitée durant certaines phases de plateforme et plusieurs affrontements.
La variété est également supérieure grâce à des séquences plus originales, avec notamment des passages à défilement automatique et d’autres évoquant directement le shoot’em up. Surtout, le jeu peut désormais accueillir deux joueurs simultanément, ce qui correspond parfaitement à la frénésie de l’action.
Techniquement, l’évolution est spectaculaire. Les sprites sont plus grands, les animations beaucoup plus travaillées et les décors regorgent de détails. L’esthétique organique et grotesque du premier épisode est toujours présente, mais elle s’intègre désormais dans un univers de science-fiction plus cohérent, dominé par le vaisseau de Genbreak et ses expérimentations génétiques. Certaines créatures et transformations sont particulièrement extravagantes et donnent au jeu cette identité visuelle qui lui permet encore aujourd’hui de se distinguer au premier coup d’œil.
Le gain en spectacle entraîne parfois une légère perte de lisibilité lorsque ennemis, projectiles et effets graphiques remplissent simultanément l’écran, mais cela participe aussi au sentiment de chaos permanent. La difficulté demeure élevée sans reproduire aussi souvent les pièges frustrants de son prédécesseur. Le rythme est plus soutenu, mais le level design donne davantage l’impression de pouvoir anticiper les dangers et de progresser grâce à ses réflexes plutôt qu’en mémorisant systématiquement l’apparition des adversaires.
Les cinq niveaux passent extrêmement vite et une partie complète reste relativement courte, comme beaucoup de productions conçues pour l’arcade. Cette brièveté est compensée par une forte densité et surtout par une envie naturelle de recommencer, que ce soit pour mieux maîtriser les niveaux, augmenter la difficulté ou parcourir l’aventure à deux.
TH Strikes Back est donc moins posé que son prédécesseur, mais nettement plus spectaculaire. Gaelco y transforme une formule encore un peu rugueuse en un véritable concentré d’action arcade.
Thunder Hoop Collection ne cherche heureusement pas à moderniser artificiellement les deux jeux. Les graphismes, animations et mécaniques restent ceux des bornes originales, mais plusieurs fonctions de confort changent considérablement la manière de les aborder aujourd’hui.
La sauvegarde instantanée permet d’interrompre une partie n’importe où et la fonction Rewind autorise à remonter le temps après une erreur. Cette dernière pourrait sembler presque sacrilège dans des jeux reposant autant sur la difficulté, mais elle trouve justement toute son utilité dans le premier Thunder Hoop. Certains placements d’ennemis sont suffisamment brutaux pour que pouvoir revenir quelques secondes en arrière évite de transformer la découverte en exercice de frustration.
Rien n’oblige évidemment à l’utiliser et les amateurs d’expérience arcade pure peuvent conserver les règles originales. Plusieurs réglages de difficulté et options permettent également d’adapter l’expérience, tandis que différents filtres d’affichage reproduisent notamment l’apparence des écrans CRT.
La compilation comprend par ailleurs des documents liés aux versions arcade, dont les manuels opérateurs des deux jeux et différents éléments de production. La présentation de ces bonus demeure assez austère et aurait mérité davantage de soin, mais leur présence est appréciable pour deux titres dont l’histoire reste beaucoup moins documentée que celle des grands classiques japonais.
Le multijoueur local est également conservé, avec la possibilité de profiter de TH Strikes Back à deux simultanément. C’est probablement dans cette configuration que le second épisode exprime le mieux sa nature profondément arcade.
C’est finalement sur sa capacité à remettre ces deux jeux à disposition que Thunder Hoop Collection trouve sa principale raison d’être. Contrairement à de nombreux classiques des années 1990 réédités sur plusieurs générations de consoles, Thunder Hoop et TH Strikes Back étaient restés essentiellement liés aux salles d’arcade et avaient bénéficié d’une diffusion internationale limitée.
Les retrouver aujourd’hui dans leurs versions d’origine, accompagnés de sauvegardes instantanées, d’un retour en arrière, d’options d’affichage et de quelques documents d’archives donne donc une vraie légitimité à cette compilation. Son habillage et la présentation de ses bonus auraient certes mérité davantage d’ambition, mais l’essentiel est assuré : les deux jeux sont de nouveau accessibles dans des conditions qui permettent aussi bien de respecter leur difficulté originale que de la rendre plus supportable pour un nouveau public.
Thunder Hoop Collection remet en lumière une facette moins connue de l’arcade européenne du début des années 1990.
Le premier Thunder Hoop conserve un vrai charme, une identité graphique forte et un mélange de plateforme et d’action toujours efficace, même si son équilibrage brutal et certains placements d’ennemis réclament une certaine tolérance envers les méthodes de conception de l’époque.
TH Strikes Back franchit plusieurs étapes à la fois. Plus rapide, plus spectaculaire et plus généreux visuellement, il représente clairement le sommet de cette courte série. Son mode deux joueurs, ses énormes sprites, ses transformations grotesques et son rythme presque ininterrompu en font encore aujourd’hui un jeu d’arcade particulièrement efficace.
La compilation elle-même reste relativement modeste dans sa présentation, mais les sauvegardes instantanées, le Rewind, les options d’affichage et les quelques archives proposées facilitent considérablement la redécouverte de deux titres longtemps difficiles d’accès.
Thunder Hoop Collection vaut donc moins par la nostalgie que par son travail de remise en circulation. Et si le premier épisode demeure une curiosité intéressante, TH Strikes Back constitue à lui seul une excellente raison de redécouvrir l’univers singulier de Gaelco. Pour les amateurs d’action 2D, de run and gun et de bizarreries vidéoludiques des années 1990, cette compilation rappelle surtout que le patrimoine de l’arcade réserve encore quelques belles surprises.
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