[Test] Princess of the Water Lilies

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[Test] Princess of the Water Lilies

Avec son adorable chatte grise, ses grenouilles bienveillantes et ses décors semblant tout droit sortis d’un film d’animation traditionnel, Princess of the Water Lilies donne immédiatement l’impression d’être une petite aventure paisible à parcourir tranquillement. Une impression qui ne résiste pourtant pas très longtemps à la découverte du jeu. Derrière sa direction artistique particulièrement douce se cache en réalité un puzzle-platformer capable de montrer les griffes, notamment lorsqu’il abandonne ses énigmes environnementales pour lancer Princesse dans des séquences beaucoup plus exigeantes. Développé par Why Knot Studio et Red Dunes Games et édité par Red Dunes Games, le titre propose une aventure relativement courte, mais possédant suffisamment de personnalité pour ne pas se résumer à sa durée de vie.

Tout commence presque comme un conte pour enfants. Princesse est une petite chatte recueillie puis élevée par une famille de grenouilles dans un environnement naturel paisible. Cette existence tranquille ne pouvait évidemment pas durer. L'apparition de mystérieuses créatures mécaniques vient bouleverser cet équilibre et séparer Princesse de sa famille adoptive. La petite féline se lance alors dans un voyage qui va progressivement révéler ce qui se cache derrière ces machines et, plus largement, derrière l'opposition entre cette nature foisonnante et une technologie qui semble l'avoir profondément corrompue.

Princess of the Water Lilies possède la particularité de raconter pratiquement toute son histoire sans dialogues. Les personnages ne sont pas là pour multiplier les textes et les longues explications. Les attitudes, les animations, la mise en scène et la musique suffisent à faire comprendre les événements et les émotions. Ce choix fonctionne particulièrement bien avec l'univers du jeu. L'intrigue demeure volontairement simple, mais l'attachement de Princesse à sa famille et son désir de retrouver les siens constituent un fil conducteur suffisamment efficace. Le jeu parvient ainsi à être compréhensible presque universellement, sans dépendre véritablement de la langue du joueur.

[Test] Princess of the Water Lilies

Cette simplicité narrative permet surtout de laisser énormément de place à la véritable vedette de l'aventure : son univers. Princess of the Water Lilies est superbe. Les environnements et personnages dessinés à la main possèdent une identité immédiatement reconnaissable et évoquent l'âge d'or de l'animation traditionnelle. Les décors regorgent de végétation, de petits animaux et de détails animés donnant constamment l'impression d'observer un dessin prendre vie. L'eau, les feuillages, les grottes lumineuses ou les étranges installations mécaniques permettent également de renouveler régulièrement l'ambiance.

Le contraste entre nature et machine constitue d'ailleurs bien davantage qu'un simple prétexte scénaristique. Aux environnements organiques et colorés répondent des constructions mécaniques plus froides et inquiétantes. Princesse semble minuscule au milieu de tout cela, ce qui renforce encore davantage l'impression de participer à une véritable aventure. Certaines scènes pourraient presque être appréciées indépendamment du jeu tant le travail effectué sur les arrière-plans, les animations et les personnages est réussi.

Cette nature n'est cependant pas seulement décorative. Elle constitue directement le cœur du gameplay grâce au pouvoir le plus original de Princesse : son ronronnement. Notre héroïne possède un collier magique lui permettant, en ronronnant, d'interagir avec son environnement. Des plantes peuvent pousser, certains éléments naturels se transformer, des mécanismes être activés et de nouveaux passages apparaître. Un champignon peut par exemple devenir un élément mobile nécessaire pour atteindre une plateforme inaccessible. Ailleurs, il faudra modifier l'environnement, exploiter des courants, utiliser des portails ou comprendre comment combiner plusieurs éléments du décor pour poursuivre son chemin.

[Test] Princess of the Water Lilies

Cette mécanique donne une véritable cohérence à l'aventure. Princesse n'est pas une guerrière miniature chargée d'éliminer tout ce qu'elle rencontre. Son pouvoir agit essentiellement sur le monde qui l'entoure et le thème général reste celui de la restauration plutôt que de la destruction. Même face aux imposantes créatures mécaniques, l'objectif n'est finalement pas tant de les anéantir que de libérer ce qui a été corrompu. Cette approche non violente donne beaucoup de personnalité au jeu.

Les énigmes restent globalement accessibles. Princess of the Water Lilies ne cherche pas à créer des casse-têtes extrêmement complexes susceptibles de bloquer le joueur pendant une heure. Il préfère introduire progressivement de nouvelles mécaniques puis demander de les combiner. L'observation de l'environnement permet généralement de comprendre assez rapidement ce qui est attendu. Cette simplicité n'empêche pas certaines situations d'être ingénieuses et surtout agréables à résoudre. La progression possède ainsi un rythme assez naturel : une mécanique est découverte, comprise puis exploitée de manière légèrement différente avant que le jeu introduise une nouvelle idée.

L'exploration ajoute un peu de profondeur à cette progression. Les différentes régions ne sont pas de simples couloirs allant systématiquement de gauche à droite. Des embranchements, passages secondaires, raccourcis et objets à découvrir incitent à regarder autour de soi. Il est également possible de revenir dans certaines zones afin de récupérer ce qui a été laissé derrière. L'ensemble possède ainsi quelques accents de Metroidvania sans véritablement appartenir au genre. Il s'agit avant tout d'une aventure structurée autour de plusieurs chapitres et biomes, avec suffisamment de liberté pour encourager la curiosité sans perdre le joueur dans une carte gigantesque.

Et puis Princesse meurt.

Souvent.

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C'est probablement la plus grande surprise de Princess of the Water Lilies. Sous ses airs de dessin animé familial se cache un jeu où le moindre contact dangereux peut envoyer Princesse directement au dernier checkpoint. Pas de longue barre de vie permettant d'encaisser plusieurs erreurs : une attaque, un piège ou un mauvais mouvement peuvent suffire. Heureusement, les points de sauvegarde sont généralement suffisamment nombreux pour que cet aspect ne transforme pas toute l'aventure en épreuve punitive.

Ce principe devient surtout important lors des affrontements contre les boss. Chaque chapitre conduit Princesse face à une imposante créature mécanique et le rythme change alors radicalement. Les énigmes contemplatives laissent place à des séquences beaucoup plus nerveuses reposant sur l'apprentissage des mouvements adverses, le timing et la mémorisation. Il faut comprendre les patterns, savoir où se placer et parfois anticiper ce qui va apparaître à l'écran. Certaines rencontres prennent même la forme de longues poursuites durant lesquelles il faut simultanément surveiller le boss, les plateformes et les obstacles.

C'est également ici que les limites du gameplay apparaissent le plus nettement. Les déplacements de Princesse manquent parfois de la précision et de la nervosité que l'on attend d'un platformer demandant soudainement autant de rigueur. L'inertie de la petite chatte et certaines collisions peuvent provoquer des morts qui paraissent moins naturelles qu'elles ne devraient l'être. La caméra peut également rendre certaines poursuites plus difficiles à anticiper, notamment lorsque la prochaine portion du parcours n'est pas encore suffisamment visible. Ce qui fonctionne parfaitement pendant les phases tranquilles devient alors plus discutable lorsque chaque fraction de seconde compte.

[Test] Princess of the Water Lilies

Ce contraste crée une personnalité assez particulière. Princess of the Water Lilies n'est ni complètement un jeu cosy ni véritablement un platformer hardcore. D'un côté, il invite à prendre son temps, observer les décors et expérimenter tranquillement avec son ronronnement. De l'autre, il demande soudainement de mémoriser une séquence et de recommencer jusqu'à parvenir à l'exécuter correctement. Les checkpoints généreux évitent heureusement de devoir refaire de longues portions du jeu après chaque erreur. Deux modes, Kitten et Cat, permettent également d'adapter l'expérience, le premier étant destiné à une aventure plus accessible tandis que le second conserve davantage d'exigence pendant les rencontres avec les boss.

La bande originale contribue énormément à l'identité du jeu. Composée par Scott Ampleford et interprétée en partie par le Budapest Scoring Orchestra, elle accompagne admirablement les changements d'ambiance. Les passages d'exploration privilégient des compositions délicates et contemplatives alors que les rencontres importantes font monter l'orchestration en puissance. La musique ne se contente donc pas d'habiller les décors : elle prend en charge une partie de la narration émotionnelle laissée vacante par l'absence de dialogues.

Cette qualité audiovisuelle permet aussi de mieux accepter une durée de vie relativement courte. Une première partie peut être terminée en environ trois à quatre heures, même si les échecs répétés contre certains boss et la recherche des éléments cachés peuvent naturellement prolonger l'expérience. Princess of the Water Lilies préfère donc une aventure compacte à une progression artificiellement étirée. Les différents biomes introduisent suffisamment d'idées pour maintenir l'intérêt jusqu'à la conclusion sans que les mécaniques principales aient véritablement le temps de s'épuiser.

[Test] Princess of the Water Lilies

Princess of the Water Lilies laisse ainsi une impression assez singulière. Sa direction artistique remarquable, son animation traditionnelle, ses décors peints à la main et sa magnifique partition orchestrale donnent au jeu une identité immédiatement reconnaissable. Mais le titre ne repose pas uniquement sur son apparence : le ronronnement magique constitue une excellente idée de gameplay et les énigmes environnementales savent l'exploiter intelligemment sans devenir inutilement compliquées.

Ses principales faiblesses viennent paradoxalement de ses moments les plus ambitieux. Les affrontements contre les boss transforment brutalement une aventure contemplative en platformer de précision et les commandes ne possèdent pas toujours la finesse nécessaire pour rendre cette transition totalement naturelle. Quelques morts frustrantes et certaines séquences basées davantage sur la mémorisation que sur la réaction viennent donc ternir légèrement l'expérience.

Cela ne suffit cependant pas à faire disparaître ce qui rend Princess of the Water Lilies attachant. En quelques heures, il construit un univers cohérent, raconte sans paroles une histoire simple mais touchante et transforme un improbable ronronnement magique en véritable mécanique de jeu. Il possède surtout cette qualité difficile à fabriquer artificiellement : une identité. Malgré ses maladresses de plateforme et une difficulté étonnamment élevée lors de certains affrontements, l'aventure de Princesse conserve jusqu'à son terme le charme d'un dessin animé interactif dont on aurait envie de tourner encore quelques pages après le générique.

 



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