[Test] Sort them ducks

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[Test] Sort them ducks

Il existe des jeux qui nous demandent de sauver le monde, d’affronter des créatures gigantesques ou de bâtir des empires. Et puis il y a Sort Them Ducks, qui nous place face à une mission autrement plus importante : ranger des canards en plastique. Beaucoup de canards en plastique. Vraiment beaucoup. Développé et édité par Mr.Duck, ce simulateur d’organisation repose sur une idée qui pourrait difficilement être plus simple. Une boutique est envahie par des milliers de palmipèdes en caoutchouc et il faut remettre de l’ordre dans ce chaos en plaçant chacun d’entre eux sur l’étagère correspondant à sa catégorie. Derrière cette proposition volontairement minimaliste se cache pourtant une expérience étonnamment addictive, capable de transformer une tâche répétitive en une succession de petites satisfactions particulièrement efficaces.

Le premier contact avec la boutique donne immédiatement le ton. Les étagères attendent patiemment d'être remplies tandis que le sol est recouvert d'une quantité presque absurde de canards. Ils sont exactement 4 010 à attendre d'être rangés, ce qui permet rapidement de comprendre que terminer Sort Them Ducks ne sera pas l'affaire de quelques minutes. Le jeu ne cherche d'ailleurs jamais à masquer l'ampleur de la tâche. Son concept repose précisément sur cette transformation progressive d'un environnement complètement désordonné en une boutique dans laquelle chaque objet aura finalement trouvé sa place. Voir les étagères se remplir et les montagnes de canards diminuer constitue ainsi une bonne partie de la récompense.

Il suffit donc de récupérer un canard, de déterminer à quelle famille il appartient puis de l'apporter jusqu'à l'étagère appropriée. Les milliers de modèles sont répartis dans des centaines de catégories, avec des thèmes aussi variés que les animaux, les fruits, le jardin et bien d'autres. On rencontre également des pirates, des astronautes, des chevaliers, des sorciers, des cuisiniers ou encore des dinosaures. Derrière son apparente simplicité, le classement demande parfois un petit effort d'interprétation. Un canard représentant une pomme doit par exemple rejoindre les fruits plutôt qu'une catégorie plus générale consacrée à la nourriture, tandis qu'un papillon est associé au jardin plutôt qu'aux animaux. Ces petites ambiguïtés obligent à observer les figurines et à progressivement assimiler la logique retenue par le jeu.

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Heureusement, Sort Them Ducks n'a aucune intention de sanctionner sévèrement les erreurs. Lorsqu'un canard se retrouve sur une mauvaise étagère, son étiquette apparaît en rouge et signale immédiatement le problème. Il n'est donc pas nécessaire de passer de longues minutes à inspecter les rayons pour comprendre pourquoi une collection refuse de se compléter. Cette indulgence correspond parfaitement à la philosophie générale du titre. Il n'y a ni chronomètre ni véritable pression, et encore moins de pénalité destinée à transformer le rangement en épreuve de rapidité. On trie à son rythme, on s'arrête quand on le souhaite et on reprend plus tard. Sort Them Ducks se rapproche ainsi davantage d'une activité relaxante et méthodique que d'un puzzle traditionnel dans lequel il faudrait absolument trouver la bonne réponse sous la contrainte.

Ce qui aurait pu devenir une corvée numérique particulièrement monotone fonctionne grâce au plaisir très élémentaire procuré par chaque action accomplie. Trouver un canard correspondant à une étagère que l'on vient justement de repérer, l'y déposer et voir progressivement une collection prendre forme génère une satisfaction immédiate. Puis un autre canard attire l'œil. Puis encore un autre. On décide d'en ranger cinq supplémentaires avant d'arrêter et, quelques dizaines de figurines plus tard, on est toujours en train de parcourir la boutique. C'est précisément dans cette boucle extrêmement courte que Sort Them Ducks trouve son efficacité. Il ne cherche pas à multiplier artificiellement les mécaniques mais exploite jusqu'au bout le plaisir presque instinctif de mettre de l'ordre dans le désordre.

La quantité phénoménale de figurines joue évidemment un rôle essentiel dans ce sentiment. Avec plus de 4 000 canards uniques, la découverte accompagne constamment le rangement. Les rayons deviennent peu à peu de véritables collections colorées et le plaisir ne vient plus uniquement du fait d'avoir correctement classé un objet, mais également de découvrir l'apparence du prochain spécimen. Les modèles loufoques et les nombreuses thématiques empêchent visuellement la boutique de devenir une succession de figurines strictement identiques. Lorsque plusieurs étagères commencent à être complètes, le contraste avec le chaos des premières minutes devient particulièrement gratifiant.

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Le jeu ajoute également une dimension de progression afin que les premières heures ne soient pas strictement identiques aux suivantes. Chaque canard correctement placé rapporte un peu d'argent et terminer intégralement une étagère permet d'obtenir une récompense supplémentaire. Ces gains peuvent ensuite être investis dans différentes améliorations destinées à rendre le travail plus efficace. Il devient notamment possible de transporter davantage de canards simultanément ou de se déplacer plus rapidement grâce au sprint. D'autres capacités permettent de mettre en évidence les canards correspondants, de révéler l'étagère appropriée ou encore de récupérer automatiquement certaines figurines situées à proximité.

Ces améliorations sont importantes car elles donnent une véritable sensation d'évolution à une formule qui, fondamentalement, ne change jamais. Au début, chaque aller-retour paraît anodin. Après plusieurs centaines de canards, traverser constamment la boutique commence forcément à peser davantage et transporter plusieurs figurines ou accélérer ses déplacements devient alors beaucoup plus appréciable. La progression ne consiste donc pas à débloquer une nouvelle manière de jouer, mais à réduire progressivement les petites contraintes inhérentes au rangement. C'est une approche cohérente : plus le joueur investit de temps dans la boutique, plus les outils mis à sa disposition lui permettent de devenir efficace.

L'argent peut également être englouti dans une machine à sous installée dans la boutique. C'est un élément plus anecdotique, mais qui apporte une petite diversion au milieu de cette longue entreprise de classement. Le cœur de l'expérience reste cependant entièrement concentré sur les canards, les étagères et l'amélioration de l'efficacité. Il n'y a pas de système de gestion inutilement complexe venant détourner l'attention, pas davantage qu'une histoire cherchant à justifier pendant des heures pourquoi quelqu'un a eu la brillante idée de livrer plusieurs milliers de canards en vrac. Le jeu assume son absurdité et va directement à l'essentiel.

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Une fonction particulièrement bienvenue permet par ailleurs de réorganiser les canards encore éparpillés. Avec plusieurs milliers d'objets entassés dans la boutique, certaines figurines finissent inévitablement cachées sous les autres et deviennent difficiles à distinguer. Une simple commande permet alors de redistribuer le bazar. La quantité de travail restante ne diminue évidemment pas, mais les positions changent et des canards jusqu'alors invisibles peuvent refaire surface. C'est un détail qui évite que la recherche d'une poignée de figurines enfouies transforme la dernière partie du rangement en chasse au pixel frustrante.

Visuellement, Sort Them Ducks mise sur une direction artistique colorée et lisible parfaitement adaptée à son sujet. La véritable attraction reste évidemment l'incroyable variété de canards. Une étagère vide n'a rien de particulièrement spectaculaire, mais une succession de rayons remplis de figurines différentes finit par donner beaucoup de personnalité à la boutique. L'environnement sert finalement de gigantesque vitrine à la collection. La réalisation sonore poursuit le même objectif de détente, avec une ambiance discrète et les petits sons produits pendant la manipulation des canards qui renforcent le côté satisfaisant des actions répétées.

Cette simplicité constitue néanmoins autant la principale qualité de Sort Them Ducks que sa limite la plus évidente. Malgré les améliorations, malgré les centaines de catégories et malgré les milliers de modèles, on passe l'essentiel de son temps à effectuer la même chose : observer, ramasser, identifier, se déplacer et ranger. Puis recommencer. Quelqu'un qui attend une évolution permanente des mécaniques, un défi important ou une véritable montée en difficulté risque donc de voir très rapidement les limites du concept. Sort Them Ducks ne cherche pas réellement à mettre les compétences du joueur à l'épreuve. Son absence de chronomètre et de pénalité participe à son caractère relaxant, mais élimine simultanément une grande partie de la tension que pourrait offrir un jeu de classement plus traditionnel.

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La répétitivité peut également provoquer une certaine fatigue lorsque les sessions s'éternisent. Quatre mille dix canards représentent une masse considérable d'objets à manipuler et vouloir nettoyer la boutique d'une traite n'est probablement pas la meilleure façon de profiter du jeu. La formule fonctionne davantage comme une activité que l'on retrouve régulièrement pendant une demi-heure ou une heure, avec la satisfaction de constater à chaque retour que le magasin est un peu moins chaotique. Joué ainsi, le rythme volontairement tranquille devient une force. Enchaîné pendant de très longues heures, il peut au contraire mettre en évidence le manque de variété mécanique.

Sort Them Ducks est finalement l'exemple parfait du jeu construit autour d'une seule idée et qui n'essaie jamais de prétendre être autre chose. On arrive dans une boutique en désordre, on découvre 4 010 canards et on les range. La proposition tient presque entièrement dans cette phrase. Pourtant, entre la diversité des figurines, les centaines de catégories, la progression par améliorations et surtout le plaisir de voir le chaos initial disparaître lentement, la formule parvient à devenir beaucoup plus prenante qu'elle ne devrait l'être sur le papier.

Il faut simplement savoir précisément ce que l'on vient chercher. Il n'y a pratiquement aucune difficulté, aucune urgence et aucune révolution ludique cachée derrière les montagnes de palmipèdes. Le véritable moteur est la satisfaction de terminer une étagère, de vider progressivement une zone et de contempler une boutique toujours mieux organisée. Pour les amateurs de jeux contemplatifs, de collection et de rangement, cette boucle peut devenir redoutablement addictive. Pour ceux qui ont besoin d'action, de renouvellement permanent ou d'un objectif mettant réellement leurs compétences à l'épreuve, la répétition risque au contraire de s'installer très vite.

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Mais c'est justement parce qu'il assume totalement cette identité que Sort Them Ducks fonctionne. Mr.Duck ne transforme pas artificiellement son simulateur de rangement en jeu de gestion complexe ou en puzzle chronométré. Tout est conçu autour d'une sensation très particulière : celle de partir d'un immense bazar et d'en reprendre progressivement le contrôle. Chaque canard correctement placé représente une avancée minuscule, mais visible. Chaque étagère terminée constitue une petite victoire. Et lorsqu'il en reste encore des milliers sur le sol, il devient étonnamment difficile de résister à cette pensée dangereuse : allez, encore quelques canards avant d'arrêter.

Sort Them Ducks ne réinvente donc certainement pas le jeu vidéo, mais il transforme une idée volontairement absurde en une expérience cohérente, apaisante et satisfaisante. Sa répétitivité et son absence de véritable challenge limiteront naturellement son public, tandis que l'absence de multijoueur ressemble à une occasion manquée. Pour peu que l'on soit sensible au plaisir de collectionner et de remettre de l'ordre, le résultat possède néanmoins ce fameux pouvoir des jeux à la mécanique toute simple : on les lance pour quelques minutes et on réalise beaucoup trop tard qu'on est toujours là, un canard à la main, à chercher désespérément l'étagère sur laquelle il pourra enfin rejoindre ses congénères.

 



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