[Test] LumenTale : Memories of Trey

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[Test] LumenTale : Memories of Trey

Avec LumenTale: Memories of Trey, Beehive Studios s’attaque à un genre dans lequel il est particulièrement difficile de se faire une place : le RPG de collection de créatures. Le jeu ne cache jamais vraiment ses inspirations, mais tente rapidement de dépasser le simple exercice d’imitation grâce à un univers plus narratif, une direction artistique particulièrement travaillée et surtout un système de combats capable d’accueillir jusqu’à quatre Animon simultanément. Derrière son apparence familière se trouve donc une aventure beaucoup plus ambitieuse qu’elle n’en a l’air, parfois brillante dans ses idées, souvent attachante, mais aussi handicapée par un manque de finition qui peut sérieusement ternir l’expérience.

L’aventure nous place dans la peau de Trey, un jeune homme ayant perdu une partie de ses souvenirs dans des circonstances mystérieuses. Sa quête personnelle devient rapidement le fil conducteur d’un voyage à travers Talea, un continent profondément marqué par son histoire. Après la disparition d’un empereur sans héritier officiellement désigné, ses deux fils ont plongé la région dans une guerre civile dont les conséquences sont encore visibles. Le nord, Logos, s’est construit autour du progrès, de la technologie et d’une vision rationnelle du monde, tandis que le sud, Mythos, reste davantage attaché à la tradition et à la spiritualité. Au milieu de ces tensions se trouvent les Lumen, protecteurs chargés de préserver la paix et de veiller aussi bien sur les habitants que sur les mystérieux Animon.

Ce contexte donne immédiatement davantage d’épaisseur à l’histoire que ne le laisserait penser le concept initial. Le scénario ne se contente pas d’envoyer Trey de ville en ville pour accumuler les victoires. Chaque région possède ses propres conflits, ses personnages et ses problématiques, tandis que la recherche des souvenirs du protagoniste entretient un mystère suffisamment efficace pour donner envie de poursuivre l’aventure. Le joueur peut également choisir d’explorer Logos ou Mythos en premier, certaines décisions ayant des conséquences qui deviennent plus perceptibles à mesure que l’histoire progresse. La structure générale finit toutefois par devenir assez prévisible. Les différentes villes reposent souvent sur une mécanique comparable : un problème local empêche Trey d’affronter directement la personne qu’il recherche, ce qui entraîne une phase d’enquête, quelques affrontements et un événement majeur avant de pouvoir progresser. Le contexte change et certains chapitres sont nettement plus réussis que d’autres, mais cette répétition finit par réduire l’effet de surprise.

[Test] LumenTale : Memories of Trey

L’univers reste heureusement extrêmement agréable à parcourir grâce à une identité visuelle qui constitue probablement l’une des plus grandes réussites du jeu. LumenTale mélange personnages et créatures en pixel art avec des décors tridimensionnels beaucoup plus détaillés. L’ensemble évoque parfois l’approche HD-2D sans chercher à la reproduire exactement. Les villes fourmillent de petits éléments décoratifs, les environnements possèdent une vraie profondeur et les changements d’ambiance entre les régions sont suffisamment marqués pour donner le sentiment de voyager. Les portraits dessinés utilisés pendant les dialogues participent également à donner davantage d’expression aux personnages. Même lorsque certains éléments en 3D manquent un peu de finesse, la cohérence artistique générale reste remarquable. Talea possède une personnalité immédiatement identifiable et donne régulièrement envie de s’arrêter simplement pour observer le décor.

Les Animon sont évidemment au centre de l’expérience. Environ 140 espèces peuvent être découvertes, réparties entre treize types élémentaires. Elles sont également associées à cinq attributs reposant sur les émotions qu’elles provoquent, une idée directement liée à la mythologie du monde puisque ces créatures sont constituées d’Anivis, une énergie capable d’interagir avec les émotions et l’âme des êtres vivants. Le bestiaire se montre globalement très réussi et suffisamment varié pour maintenir le plaisir de la découverte pendant une grande partie du jeu, même si certains designs paraissent parfois excessivement chargés. Le simple fait de voir les Animon directement dans les environnements contribue énormément à rendre Talea vivant et évite surtout la sensation de parcourir des zones uniquement constituées de combats aléatoires.

La capture elle-même possède une particularité intéressante. Trey utilise son Holoken directement pendant l’exploration et peut tenter d’attraper certaines créatures sans nécessairement entrer dans un combat traditionnel. Cette action prend la forme d’une petite épreuve demandant un minimum de précision et de timing. Le Holoken permet également de frapper directement certains Animon sauvages afin d’obtenir de l’expérience et des ressources, ce qui accélère considérablement certaines phases de progression. Sur le papier, cette approche donne davantage de rythme à l’exploration et évite de lancer un combat complet pour la moindre rencontre. En pratique, la précision demandée lors de certaines captures peut devenir irritante, particulièrement lorsque les performances techniques ou la reconnaissance des commandes ne suivent pas parfaitement.

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C’est surtout une fois les combats commencés que LumenTale révèle ses idées les plus intéressantes. Les affrontements fonctionnent au tour par tour, avec un ordre d’action clairement visible, mais peuvent opposer jusqu’à quatre Animon à quatre adversaires. Cette simple différence transforme considérablement la gestion d’une équipe. Il ne s’agit plus uniquement de choisir une créature disposant du bon élément, mais de réfléchir à la complémentarité de plusieurs combattants présents simultanément. Les attributs apportent des effets supplémentaires et l’utilisation intelligente des capacités permet de construire des équipes capables de se soutenir, d’infliger des altérations ou d’exploiter rapidement une faiblesse ennemie.

Le fonctionnement des SP renforce cette dimension tactique. Cette ressource est partagée par l’ensemble de l’équipe et certaines compétences peuvent rapidement en consommer une grande quantité. Utiliser sans réfléchir les attaques les plus puissantes avec les premiers Animon du tour peut ainsi laisser les suivants sans possibilité intéressante. Même certains objets utilisent cette ressource, ce qui oblige à anticiper plusieurs actions à l’avance. En parallèle, exploiter les faiblesses adverses remplit une jauge donnant accès à des actions supplémentaires sans consommation de SP. Le résultat est un système beaucoup plus dynamique qu’un simple échange d’attaques élémentaires. Les combats les plus exigeants récompensent véritablement la construction d’une équipe cohérente et la bonne gestion de ses ressources.

Cette liberté se retrouve également dans l’évolution des Animon. Chaque montée en niveau permet notamment d’investir des points afin d’orienter leurs statistiques, ce qui autorise une personnalisation assez poussée. Les compétences peuvent être ajustées directement depuis les menus et il est possible de modifier son équipe avec beaucoup moins de contraintes que dans certains jeux du même genre. L’idée fonctionne particulièrement bien lorsque l’on commence à expérimenter différentes compositions pour profiter du système 4 contre 4. Le problème est que LumenTale explique étonnamment mal certaines de ses meilleures mécaniques. Plusieurs systèmes importants sont présentés de manière trop superficielle, tandis que certaines fonctions pratiques, comme des possibilités de déplacement ou des subtilités de personnalisation, peuvent être découvertes presque par accident.

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Les méthodes d’évolution constituent probablement le meilleur exemple de cette volonté de créer des secrets qui finit parfois par devenir inutilement obscure. Certaines transformations reposent sur des conditions très particulières liées à l’heure, à la météo ou à d’autres circonstances difficiles à deviner naturellement. Le cycle jour-nuit influence également les apparitions de certaines espèces. Sur le principe, tout cela donne de la profondeur à la chasse aux Animon et encourage à expérimenter. Dans les faits, lorsque plusieurs conditions sont combinées sans indications suffisamment précises, découvrir une évolution peut davantage ressembler à une consultation de solution qu’à une véritable récompense d’exploration. Le plaisir de compléter sa collection se retrouve alors inutilement ralenti par un manque d’informations.

Le contenu annexe ne manque pourtant pas. Talea abrite des donjons, des énigmes, des trésors et de nombreuses ressources à récupérer. Un système de fabrication permet de créer différents objets, tandis que la cuisine offre des bonus utiles aux Animon. Plus de cent recettes et fabrications différentes sont proposées, auxquelles s’ajoutent des objets à collectionner et plusieurs activités secondaires. L’Anispace constitue l’une des idées les plus sympathiques : cet espace personnalisable peut être décoré et utilisé pour interagir ou s’entraîner avec ses créatures. Ce n’est pas nécessairement le système le plus profond du jeu, mais il contribue à donner aux Animon une existence dépassant le cadre strict des combats. Des échanges et affrontements en ligne sont également proposés pour prolonger l’expérience au-delà de l’histoire principale.

Le rythme général souffre cependant d’un contraste permanent entre cette abondance de contenu et des séquences qui auraient mérité d’être davantage resserrées. Certains donjons s’étendent sur de longues portions sans proposer suffisamment de renouvellement, tandis que les combats 4 contre 4, aussi intéressants soient-ils tactiquement, peuvent devenir longs lorsqu’ils s’enchaînent. Les différentes histoires régionales n’évoluent pas toutes avec la même efficacité et le scénario principal peut parfois disparaître pendant plusieurs heures derrière les problèmes locaux. La progression possède donc des moments particulièrement prenants, suivis de passages nettement plus mécaniques. Cette irrégularité empêche l’aventure de maintenir constamment l’excellent niveau de ses meilleurs chapitres.

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La réalisation sonore accompagne néanmoins très bien le voyage. Les musiques savent renforcer les différentes atmosphères de Talea, avec plusieurs thèmes suffisamment énergiques pour donner du relief aux affrontements et des compositions plus tranquilles pendant l’exploration. Elles s’accordent parfaitement avec la direction artistique colorée et contribuent à cette impression générale de parcourir un monde conçu avec beaucoup d’attention. Sans forcément chercher à monopoliser l’attention, la bande-son remplit efficacement son rôle et participe largement au charme de l’ensemble.

Le véritable problème de LumenTale: Memories of Trey se situe malheureusement ailleurs : son état technique. Depuis sa sortie, le jeu a connu des problèmes de performances, des temps de chargement particulièrement longs et différents bugs pouvant gêner la progression. Les transitions entre les bâtiments, les zones ou les combats peuvent parfois casser le rythme de manière spectaculaire. Des problèmes plus sérieux ont également affecté certains mécanismes d’énigmes ou certaines interactions nécessaires pour poursuivre des quêtes, jusqu’à empêcher dans certains cas l’accès à des créatures ou à des compétences importantes. Des correctifs ont été publiés, mais l’expérience reste profondément dépendante de la version utilisée et de la plateforme.

La version Nintendo Switch est particulièrement concernée. Des ralentissements, des chutes de fluidité, des chargements prolongés et des plantages ont été constatés, y compris sur des phases de jeu relativement simples. Un correctif a même provoqué des problèmes liés à la mémoire de la console, entraînant une augmentation des crashs avant de nécessiter de nouvelles interventions. C’est extrêmement dommageable pour un jeu dont la boucle repose autant sur des déplacements constants entre les zones, des rencontres avec des créatures et des transitions vers les combats. Chaque attente prise individuellement peut sembler supportable, mais leur accumulation finit par transformer certaines sessions en parcours beaucoup moins fluide que prévu. Sur Switch, cette dimension technique doit donc réellement être prise en considération.

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Cette fragilité est d’autant plus frustrante que LumenTale possède toutes les qualités nécessaires pour devenir une excellente référence du genre. Son système de combat 4 contre 4 apporte une vraie personnalité aux affrontements, la gestion collective des SP fonctionne remarquablement bien et les possibilités de construction des Animon donnent envie d’expérimenter. Talea est magnifique, le bestiaire est généreux et l’histoire dispose d’un véritable univers plutôt que d’un simple prétexte à accumuler des créatures. Même ses systèmes secondaires témoignent d’une ambition inhabituelle : cuisine, fabrication, exploration, personnalisation et interactions avec les Animon donnent parfois l’impression d’un projet cherchant à réunir plusieurs RPG en un seul.

C’est précisément cette ambition qui constitue à la fois la plus grande qualité et le principal défaut de LumenTale: Memories of Trey. Beehive Studios a voulu créer un monde vaste, un système de combat plus stratégique, une histoire davantage centrée sur ses personnages et toute une série d’activités supplémentaires. Lorsqu’elles fonctionnent ensemble, ces idées donnent naissance à une aventure extrêmement attachante. Lorsqu’elles se télescopent avec des tutoriels insuffisants, des conditions inutilement opaques, des longueurs ou des problèmes techniques, le jeu donne au contraire l’impression d’avoir voulu atteindre trop d’objectifs simultanément sans disposer du temps nécessaire pour tous les peaufiner. Le résultat reste cohérent et possède une véritable identité, mais il aurait gagné à être simplifié et surtout beaucoup mieux finalisé.

Malgré ces défauts, il serait difficile de réduire LumenTale à un simple clone d’un autre jeu de collection de créatures. Sa structure est immédiatement familière, mais son système de combats en équipe, son utilisation des émotions comme composante de l’univers, la séparation politique et culturelle de Talea, sa narration et ses nombreuses activités lui permettent progressivement d’exister par lui-même. Il reste quelques idées trop directement héritées des standards du genre, mais l’aventure possède suffisamment de personnalité pour que les comparaisons deviennent de moins en moins importantes à mesure que les heures passent.

[Test] LumenTale : Memories of Trey

LumenTale: Memories of Trey est donc un jeu aussi séduisant qu’imparfait. Derrière sa superbe direction artistique se cache un RPG étonnamment généreux, porté par un excellent potentiel stratégique et un monde dans lequel il est facile de se laisser absorber. Capturer de nouveaux Animon, réfléchir à leur évolution, construire une équipe capable d’exploiter leurs synergies et découvrir progressivement les secrets de Trey constituent une boucle suffisamment solide pour soutenir une longue aventure. Mais il faut également composer avec des explications parfois insuffisantes, un rythme irrégulier, certaines mécaniques volontairement obscures et surtout une finition technique incapable de rendre justice à toutes les qualités du projet. À son meilleur niveau, LumenTale montre exactement ce que le genre du monster collecting peut encore proposer lorsqu’un studio ose modifier ses règles plutôt que de simplement les reproduire. À son pire, il rappelle qu’une bonne idée ne vaut réellement que lorsqu’elle est correctement accompagnée et suffisamment peaufinée. Cela n’empêche pas Talea d’être un monde mémorable, mais quelques mois supplémentaires de finition auraient probablement permis à cette première aventure de Trey de passer du statut de très bonne surprise imparfaite à celui de véritable incontournable.

 



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