[Test] Berry Bury Berry

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[Test] Berry Bury Berry

À première vue, Berry Bury Berry ressemble presque à une plaisanterie transformée en jeu vidéo. Le principe pourrait tenir sur une ligne : faire apparaître des fruits, les envoyer dans un énorme trou, récupérer de l’argent et utiliser cet argent pour produire encore davantage de fruits. Développé par Get(Color) Games, le titre appartient officiellement à la famille des jeux incrémentaux, mais cette définition devient rapidement insuffisante. Derrière son jardin bariolé, ses créatures rondouillardes et son obsession pour les chiffres qui augmentent se cache une expérience beaucoup plus étrange, mêlant automatisation, exploration, physique, énigmes et horreur psychologique légère. Le résultat est un jeu à la fois parfaitement idiot dans son concept et étonnamment construit dans son exécution.

Tout commence pourtant de manière extrêmement simple. Un jardin, quelques baies et un trou noir planté au milieu du décor. Chaque fruit envoyé dans cette ouverture rapporte de l’argent. Cet argent permet d’acheter des améliorations, qui permettent à leur tour d’obtenir davantage de fruits et donc davantage d’argent. Seulement, Berry Bury Berry matérialise entièrement cette boucle dans un environnement en trois dimensions et en vue subjective. On ne regarde donc pas simplement des compteurs augmenter dans une interface : il faut se déplacer, attraper des objets, les projeter et organiser progressivement sa petite machine à produire de la richesse.

Cette dimension physique fait une énorme différence. Envoyer les premières baies dans le trou possède déjà ce petit quelque chose de ridiculement satisfaisant, mais la sensation devient rapidement plus spectaculaire lorsque la production augmente. Les fruits se multiplient, les pièces apparaissent, des objets rebondissent dans tous les sens et le jardin prend progressivement des airs d’usine agricole incontrôlable. Les collisions parfois chaotiques contribuent même à l’identité du jeu, qui donne l’impression qu’on détourne un paisible jardin pour en faire une gigantesque chaîne de production destinée à nourrir une aberration souterraine dont l’appétit ne connaît aucune limite.

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Le système des Berry Buddies constitue l’une des principales étapes de cette montée en puissance. Ces petites créatures permettent de générer différents types de fruits et peuvent être améliorées afin d’accéder à des productions de plus en plus intéressantes. Le jardin cesse alors progressivement de dépendre exclusivement des actions manuelles du joueur. Une baie représentait initialement une ressource à manipuler avec attention ; quelques améliorations plus tard, les fruits arrivent en masse et le problème consiste davantage à trouver comment exploiter efficacement cette abondance.

La progression est particulièrement bien pensée parce que Berry Bury Berry évite longtemps la sensation de stagnation qui touche facilement le genre. Lorsqu’une mécanique commence à devenir routinière, une nouvelle amélioration, un nouvel outil ou une nouvelle possibilité apparaît. Le joueur peut notamment obtenir des équipements permettant de manipuler plus facilement les éléments du décor, de casser certaines structures ou d’absorber plus efficacement ce qui se trouve autour de lui.

L’un des changements les plus amusants vient surtout du rôle du trou lui-même. Celui-ci n’est pas seulement une poubelle magique dans laquelle disparaissent les fruits. Sa taille et ses possibilités évoluent également, au point que la frontière entre « ressource utile » et « objet pouvant finir dans le trou » devient de plus en plus floue.

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C’est là que le jeu trouve une grande partie de sa personnalité. Son principe initial repose sur une absurdité volontaire, mais cette absurdité est prise suffisamment au sérieux pour devenir une véritable mécanique. Après avoir passé du temps à optimiser la récolte de fruits, il devient parfaitement naturel de regarder une décoration, un morceau d’architecture ou un autre élément du jardin en se demandant s’il pourrait lui aussi disparaître sous terre. Le jeu encourage cette curiosité et récompense volontiers les comportements destructeurs. Certains éléments apparemment décoratifs peuvent être déplacés, détruits ou engloutis, donnant progressivement au terrain de jeu l’allure d’un gigantesque bac à sable.

Le rythme repose également sur un système de cycles et de recommencements qui permet d’investir les gains accumulés dans de nouvelles améliorations avant de repartir avec des capacités supérieures. Le mécanisme est classique dans le domaine de l’incrémental, mais il fonctionne ici parce que les objectifs évoluent constamment. On ne répète pas exactement les mêmes gestes avec des nombres simplement plus élevés : la connaissance du terrain, les outils disponibles et l’automatisation modifient progressivement la manière d’aborder chaque nouvelle séquence.

Cette structure possède malgré tout une limite évidente : la répétition ne disparaît jamais complètement. Une fois passée la phase de découverte permanente des premières heures, certains passages demandent davantage de patience, notamment lorsqu’on cherche à débloquer tout le contenu ou à atteindre des objectifs particulièrement coûteux. Produire des dizaines de milliers de baies, accumuler des sommes considérables ou pousser différentes mécaniques jusqu’à leur maximum représente une activité bien plus longue que la simple découverte d’une première conclusion.

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Heureusement, Berry Bury Berry possède une seconde couche qui lui permet de dépasser le simple plaisir des chiffres. Très rapidement, quelque chose semble anormal dans ce jardin. Le contraste entre les couleurs éclatantes, les créatures adorables et l’énorme trou inquiétant installé au milieu du terrain paraît déjà suspect, mais le jeu multiplie ensuite les indices indiquant que la situation possède une explication plus complexe. Des zones deviennent accessibles, des objets intrigants apparaissent et ce qui ressemblait initialement à un bac à sable absurde commence à se transformer en mystère.

Cette évolution fonctionne particulièrement bien parce qu’elle n’interrompt pas brutalement la boucle principale. L’histoire et les secrets existent parallèlement à la production de baies, aux améliorations et à l’optimisation du jardin. Un joueur plus curieux peut examiner les détails étranges du décor sans que le jeu se transforme en succession de longues scènes narratives. Les révélations se découvrent davantage par l’exploration, les objets cachés et plusieurs séries d’énigmes. Le jeu contient notamment des cassettes à retrouver et différentes étoiles liées à des puzzles, autant d’éléments qui ouvrent progressivement l’accès à une compréhension plus complète des événements.

Les énigmes apportent justement une variété bienvenue lorsque l’automatisation commence à prendre en charge une partie du travail. Elles demandent d’observer l’environnement et de manipuler différents éléments plutôt que de simplement accumuler de l’argent. Certaines font intervenir un ordinateur, une radio, des recettes ou encore des éléments du décor. Elles restent globalement assez courtes, mais leur logique peut parfois se révéler beaucoup moins évidente que celle du reste de l’aventure.

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Le contraste est notable : Berry Bury Berry explique très naturellement comment gagner toujours plus d’argent, mais devient volontairement plus cryptique dès qu’il s’agit de révéler ses secrets. Cette opacité contribue à son atmosphère, même si certaines énigmes peuvent donner l’impression qu’une information importante a été dissimulée un peu trop efficacement.

La présence de plusieurs fins renforce cette dimension. Atteindre une conclusion ne signifie donc pas nécessairement avoir compris l’intégralité de ce que le jardin dissimule. Plusieurs chemins existent et la recherche de la vérité demande de s’intéresser aux éléments qui paraissaient secondaires pendant les premières heures. C’est une excellente manière de donner une véritable utilité à l’exploration et aux énigmes sans transformer chaque partie en parcours obligatoire. Le système de New Game+ facilite également le retour dans le jeu et permet de rendre les nouvelles tentatives plus directes une fois certains événements déjà découverts.

L’ambiance visuelle participe énormément à cette étrange combinaison de décontraction et de malaise. Le rendu volontairement stylisé utilise des formes simples, des couleurs particulièrement saturées et une esthétique proche du low-poly. Les Berry Buddies sont immédiatement lisibles et volontairement mignons, les fruits rebondissent avec une exagération presque cartoonesque et l’ensemble possède une apparence très douce. Ce choix rend les éléments inquiétants d’autant plus efficaces : le simple fait qu’un détail dérangeant apparaisse au milieu de cet univers extrêmement coloré suffit à créer un décalage.

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Le caractère répétitif des cycles peut toutefois se faire sentir lorsqu’il faut recommencer une nouvelle fois pour atteindre un objectif spécifique. Certaines énigmes deviennent suffisamment obscures pour casser le rythme plutôt que l’enrichir, et la physique amusante lorsqu’elle provoque une catastrophe spectaculaire devient moins charmante lorsqu’un objet refuse simplement de se comporter comme prévu. La dernière partie de la progression peut également demander davantage de patience à ceux qui veulent absolument tout compléter. Ce sont de véritables défauts, mais ils concernent surtout les joueurs cherchant à épuiser entièrement le contenu.

Berry Bury Berry n’est donc pas uniquement un bon jeu incrémental. C’est une petite expérience particulièrement maligne qui comprend le pouvoir d’une action simple lorsqu’elle est immédiatement agréable et régulièrement renouvelée. Sa répétitivité et quelques énigmes trop cryptiques l’empêchent d’être irréprochable, mais sa personnalité, son sens de la progression, son étrange atmosphère et la satisfaction presque primitive procurée par le fait de voir toujours plus de choses disparaître dans un trou en font une proposition difficile à oublier. Derrière ses baies souriantes et son jardin aux couleurs criardes se trouve un jeu bien plus travaillé qu’il n’en a l’air.

 



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