[Test] Savara

#Tests jeux PS5 , #Tests jeux PC

[Test] Savara

Avec Savara, le studio Doryah Games signe un action roguelite qui tente de marier deux philosophies de game design rarement associées avec autant d’insistance : la nervosité immédiate du rogue-lite moderne et la lourdeur méthodique des combats inspirés des chasseurs de monstres à la Monster Hunter. Dès les premières minutes, le jeu affiche clairement ses ambitions. Ici, il ne s’agit pas simplement d’enchaîner des salles générées aléatoirement dans l’espoir de devenir progressivement surpuissant. Savara veut que chaque affrontement ait du poids, que chaque coup porté engage réellement le joueur et que chaque erreur soit punie. Cette approche donne naissance à une expérience parfois frustrante, mais souvent étonnamment satisfaisante.

L’univers du jeu repose sur une idée extrêmement simple : un dieu guerrier organise des festivités sanglantes afin de sélectionner les combattants les plus dignes de sa bénédiction. Le scénario n’essaie jamais de révolutionner le genre et, honnêtement, ce n’est pas un problème. Savara comprend que son intérêt principal réside dans ses combats et dans sa boucle de progression. L’histoire sert surtout de prétexte à l’enchaînement des affrontements et à l’exploration de cette dimension colorée inspirée de l’univers Ankama. Malgré cette simplicité narrative, le jeu bénéficie d’une identité visuelle immédiatement reconnaissable. On retrouve cette direction artistique très française, très BD animée, avec des couleurs vives, des personnages expressifs et des monstres caricaturaux sans tomber dans le ridicule. Le résultat possède un charme évident et permet au titre de se démarquer rapidement de la masse des roguelites sombres et ultra sérieux qui dominent actuellement le marché.

[Test] Savara

Là où Savara devient réellement intéressant, c’est dans son système de combat. Le jeu repose entièrement sur la gestion de deux armes équipées simultanément. Le changement d’arme n’est pas un simple gadget destiné à varier les animations : il constitue le cœur du gameplay. Chaque transition entre les armes déclenche une attaque spécifique, restaure de l’endurance et peut être améliorée via différentes bénédictions obtenues au fil des runs. Cette mécanique transforme complètement le rythme des affrontements. Très vite, on comprend qu’il ne faut pas jouer Savara comme un hack’n slash classique. Marteler les touches conduit presque toujours à la catastrophe. Il faut observer, esquiver, temporiser puis alterner intelligemment entre les deux équipements afin de maintenir la pression tout en conservant suffisamment d’endurance pour survivre.

Cette lourdeur assumée peut désarçonner au début. Les animations possèdent une inertie volontairement prononcée et certains coups demandent un véritable engagement. Pendant les premières heures, le gameplay peut même sembler rigide. Pourtant, une fois les timings assimilés, Savara révèle une vraie profondeur mécanique. Les esquives disposent de fenêtres d’invulnérabilité assez précises et plusieurs armes cachent des subtilités qui ne sautent pas immédiatement aux yeux. Le bouclier, par exemple, ne sert pas uniquement à encaisser les dégâts ; certaines attaques permettent de profiter d’instants d’invincibilité particulièrement utiles face aux monstres les plus agressifs. Cette montée en maîtrise procure une sensation de progression personnelle très gratifiante. Le joueur ne gagne pas seulement en puissance grâce aux améliorations permanentes : il devient aussi objectivement meilleur.

[Test] Savara

Le système d’armes constitue d’ailleurs l’une des grandes réussites du jeu. Savara propose plusieurs styles bien distincts : doubles lames rapides, épée et bouclier plus technique, armes lourdes lentes mais destructrices, lance davantage orientée sur l’allonge… Chaque catégorie modifie profondément la manière d’aborder les combats. Certaines configurations privilégient l’agressivité permanente tandis que d’autres récompensent davantage la patience et la lecture des patterns ennemis. Cette diversité évite au gameplay de devenir monotone trop rapidement, surtout lorsque les bénédictions divines commencent à entrer en jeu. Avec plus de quatre-vingt-dix pouvoirs disponibles, les possibilités de builds deviennent progressivement très nombreuses. On peut orienter une partie autour des dégâts élémentaires, des effets de saignement, de la mobilité ou encore des attaques déclenchées lors des changements d’arme. Cette liberté de construction renforce énormément la rejouabilité.

Le jeu adopte également une structure de progression typique du roguelite moderne. Après chaque tentative, les ressources récoltées servent à améliorer durablement l’équipement, débloquer des bonus ou renforcer certaines statistiques. Cette progression permanente rend l’expérience plus accessible qu’un roguelike pur tout en conservant une difficulté assez exigeante. Les premiers boss représentent de véritables murs pour les joueurs impatients. Savara demande de comprendre ses mécaniques avant de devenir généreux. Heureusement, le jeu parvient globalement à maintenir un bon équilibre entre frustration et récompense. Chaque échec donne réellement l’impression d’avoir appris quelque chose.

[Test] Savara

Cependant, tout n’est pas parfait. La répétitivité finit par apparaître plus vite qu’on ne l’espérerait. Même si les builds changent régulièrement la manière de jouer, la structure des runs reste relativement classique. On traverse des salles, on élimine des ennemis, on choisit une récompense puis on recommence jusqu’au boss. Le plaisir vient principalement du système de combat et de la recherche d’optimisation. Les joueurs qui attendent une énorme variété de situations ou des événements narratifs marquants risquent de ressentir une certaine lassitude après plusieurs dizaines d’heures. Le contenu reste solide pour une production indépendante, mais on sent parfois les limites budgétaires du projet.

Le farming des ressources peut également devenir laborieux. Certaines améliorations exigent des quantités importantes de matériaux spécifiques et le jeu multiplie les composants d’artisanat. Cette accumulation complique parfois inutilement la progression. On passe régulièrement plus de temps que prévu dans les menus à vérifier quelles ressources manquent pour améliorer une arme ou débloquer une capacité. Cela casse légèrement le rythme général, surtout dans un jeu qui brille avant tout lorsqu’il laisse le joueur enchaîner les combats.

[Test] Savara

Sur le plan technique, Savara s’en sort honorablement. Les performances sont stables, les temps de chargement restent courts et la direction artistique compense largement certaines limites de production. Les animations peuvent paraître un peu raides au départ, mais elles participent finalement à cette sensation de poids qui définit le gameplay. L’ambiance sonore fonctionne elle aussi très bien. Les musiques héroïques accompagnent efficacement l’action sans devenir envahissantes, tandis que le doublage français apporte une vraie personnalité aux personnages. Le ton général oscille constamment entre humour léger et glorification absurde de la force brute, ce qui correspond parfaitement à l’esprit de l’univers Ankama.

Ce qui impressionne finalement le plus avec Savara, c’est sa capacité à trouver sa propre identité malgré des inspirations évidentes. Le jeu évoque naturellement Hades pour sa structure roguelite et Monster Hunter pour le poids des affrontements, mais il ne donne jamais l’impression d’être une simple copie maladroite. Son rythme particulier, sa gestion des armes et son univers coloré lui permettent de développer une vraie personnalité. Là où beaucoup de productions indépendantes se contentent d’imiter les références du genre, Savara tente réellement de fusionner plusieurs approches pour créer quelque chose d’un peu différent.

[Test] Savara

Au final, Savara est un roguelite exigeant, intelligent et étonnamment accrocheur une fois ses mécaniques assimilées. Il ne séduira probablement pas les joueurs qui recherchent une action ultra nerveuse et immédiatement accessible, mais ceux qui apprécient les combats techniques et la progression méthodique y trouveront une expérience particulièrement satisfaisante. Malgré quelques problèmes de répétitivité et une économie de ressources parfois trop lourde, le jeu compense largement grâce à son excellente boucle de gameplay, sa direction artistique pleine de charme et son système d’armes remarquablement bien pensé. Pour une première véritable proposition de cette ampleur, Doryah Games livre un titre ambitieux qui réussit à s’imposer comme une très bonne surprise dans le paysage du roguelite actuel. 

 



Commenter cet article