[Test] Nioh 3

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[Test] Nioh 3

Depuis le premier épisode sorti en 2017, le studio japonais s’est imposé comme l’un des artisans les plus rigoureux du jeu d’action hardcore, dans le sillage assumé de la tradition « soulslike » popularisée par FromSoftware. Nioh n’a jamais été une imitation, un “-like”. Dès l’origine, il revendiquait une identité propre : un système de combat technique fondé sur les postures, une dimension historique puisée dans l’époque Sengoku et une approche du loot plus proche d’un action-RPG à la Diablo que d’un Dark Souls.

Avec Nioh 3, Team Ninja poursuit cette trajectoire. Le studio, fondé en 1995, a toujours privilégié la précision du gameplay. Le deuxième épisode, paru en 2020, avait élargi la formule en intégrant des pouvoirs et un protagoniste personnalisable. Ce troisième volet s’inscrit dans cette continuité tout en cherchant à alléger certains excès qui avaient pu rebuter une partie du public. Le contexte est intéressant : depuis la sortie du premier Nioh, le marché s’est densifié. Elden Ring a redéfini les standards d’ampleur et d’accessibilité du genre, tandis que des titres comme Wo Long: Fallen Dynasty ont expérimenté d’autres dynamiques de combat. Nioh 3 arrive donc dans un paysage concurrentiel exigeant, où l’excellence mécanique ne suffit plus.

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L’histoire, fidèle à l’ADN de la série, s’ancre dans un Japon féodal revisité par le surnaturel. On y incarne un guerrier pris dans les évolutions politiques de la fin du XVIe siècle, sur fond de guerre civile et d’intrigues. Les figures historiques croisent les démons issus du folklore japonais. Ce mélange, que j’avais trouvé parfois confus dans les épisodes précédents, gagne ici en lisibilité. La narration reste fragmentée, structurée en missions distinctes plutôt qu’en monde ouvert, mais elle se montre plus cohérente dans sa progression dramatique. Les cinématiques, sobres et bien mises en scène, évitent l’emphase inutile.

Le premier Nioh, en 2017, avait marqué par sa radicalité. Inspiré par la structure de missions, il proposait un système de combat extrêmement technique, fondé sur les postures et la gestion du ki. Mais il était aussi inégal : level design parfois labyrinthique sans être toujours inspiré, narration fragmentée, difficulté très abrupte dans les premières heures. Il impressionnait par sa profondeur, mais intimidait énormément. Il avait néanmoins rencontré un vrai succès commercial (plus de 3 millions d’exemplaires vendus en 2020 selon Koei Tecmo), preuve qu’il existait une demande pour ce type d’action exigeante.

Nioh 2, en 2020, avait corrigé beaucoup de choses. L’introduction des pouvoirs et du protagoniste personnalisable élargissait les possibilités tactiques. Le système de contre apportait une lecture plus claire des attaques ennemies. En revanche, il accentuait aussi la complexité générale : plus de systèmes, plus de loot, plus d’arbres de compétences. J’avais le sentiment d’un jeu plus riche, mais aussi plus dense, parfois à la limite de la surcharge.

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Nioh 3, lui, me paraît plus équilibré. Il conserve la technicité du premier et la variété du deuxième, mais cherche à rationaliser. Le tri du loot est moins envahissant, l’interface plus lisible, certaines mécaniques mieux expliquées. La difficulté reste élevée, mais elle me semble moins brutale que dans le premier épisode. On sent une volonté d’ouvrir légèrement la porte sans trahir l’ADN.

En termes de gameplay pur, je trouve que Nioh 2 reste le plus audacieux : l’intégration des capacités yokai avait véritablement transformé la dynamique des combats. Nioh 3, lui, perfectionne davantage qu’il ne révolutionne. Il gagne en fluidité sur PS5, en stabilité technique, mais il ne provoque pas le même effet de surprise que le second opus.

Je reste cependant partagée sur la manière dont le jeu raconte son histoire. Nioh 3 privilégie toujours l’action au détriment de la réflexion. Les personnages secondaires existent davantage par leur fonction ludique que par leur densité psychologique. C’est un choix assumé, cohérent avec la nature du jeu, mais qui limite l’attachement émotionnel. Là où Elden Ring mise sur le mystère et la suggestion, Nioh 3 demeure frontal, presque utilitaire dans son exposition.

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De fait, face à la concurrence, le positionnement est clair. Là où Dark Souls et ses héritiers valorisent l’exploration et l’ambiance, Nioh 3 revendique la technicité pure. Chaque arme possède ses arbres de compétences, ses timings précis, ses subtilités. C’est à la fois la grande force du jeu et son principal facteur d’exclusion. La courbe d’apprentissage est abrupte. La fluidité rend les combats plus lisibles, mais l’exigence reste intacte.

Ce que j’ai aimé, c’est cette sensation d’exactitude. Lorsque j’enchaîne une esquive parfaitement timée, suivie d’un changement de posture et d’un coup chargé qui brise la garde d’un ennemi, je ressens une satisfaction presque physique (avec l’envie de l’insulter derrière…). Le système de récupération de ki, hérité des épisodes précédents, encourage une gestion active de l’endurance. Rien n’est laissé au hasard. Le level design, construit en missions semi-ouvertes, alterne couloirs oppressants et arènes plus larges. Il n’a pas l’audace labyrinthique d’un Dark Souls, mais il reste fonctionnel et cohérent.

En revanche, l’accumulation de loot demeure problématique. Comme dans les opus précédents, l’inventaire se remplit à une vitesse vertigineuse. Le tri permanent peut devenir fastidieux. Certes, les systèmes d’optimisation et de forge ont été simplifiés, mais l’abondance d’équipements aux statistiques proches dilue parfois l’impact des trouvailles rares. Cette dimension très « hack and loot » distingue la série, mais elle peut aussi fatiguer.

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Sur le plan visuel, la PS5 offre un confort indéniable. Les environnements, bien que souvent sombres et marqués par la désolation, gagnent en finesse. Les effets de particules, les animations des ennemis et la netteté des textures profitent de la puissance de la machine. Je n’ai constaté ni ralentissements notables ni bugs majeurs durant mes sessions. Le jeu propose plusieurs modes graphiques, privilégiant soit la résolution, soit la fluidité. J’ai opté pour le mode performance, qui me semble le plus adapté à un titre où la réactivité prime.

Cependant, artistiquement, Nioh 3 reste dans une continuité prudente. Il ne surprend pas. Les villages en flammes, les temples envahis de brume, les forêts nocturnes peuplées de créatures démoniaques composent un univers maîtrisé mais familier. J’aurais aimé davantage de contrastes, de ruptures visuelles, peut-être une audace chromatique plus marquée.

L’ambiance sonore, en revanche, m’a davantage convaincue. Les compositions orchestrales, discrètes mais tendues, accompagnent efficacement les combats. Les bruitages d’armes et les cris des yokai participent à une immersion solide. Rien de révolutionnaire, mais une exécution rigoureuse. Là encore, Team Ninja fait preuve d’un professionnalisme sans faille.

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En matière de durée de vie, le jeu s’inscrit dans la tradition de la série : une campagne principale conséquente, prolongée par des missions secondaires et un endgame pensé pour les joueurs les plus persévérants. La difficulté est élevée, mais modulée par la maîtrise progressive des systèmes. Je n’ai jamais eu le sentiment d’une injustice arbitraire ; les défaites sont sévères, mais explicables. La rejouabilité, soutenue par la diversité des builds et des armes, demeure importante.

Reste la question essentielle : Nioh 3 vaut-il le coût ? À mes yeux, oui, si l’on accepte son exigence et son orientation résolument mécanique. Le rapport qualité-prix est cohérent au regard de la richesse du contenu et de la finition technique. En revanche, celles et ceux qui cherchent avant tout une fresque narrative ample ou une exploration contemplative risquent de rester à distance.

Au terme de mon expérience, je vois en Nioh 3 un jeu sûr de lui, fidèle à son identité, parfois trop prudent dans ses choix artistiques, mais d’une précision remarquable dans son cœur ludique. Il ne cherche pas à séduire tout le monde. Il s’adresse à un public prêt à apprendre, à échouer, à recommencer. Pour ma part, malgré quelques réserves sur la surcharge de systèmes et une narration un peu faiblarde, j’y ai trouvé un plaisir exigeant, qui me rappelle pourquoi j’aime encore les jeux d’action techniques.

Article rédigé par Mlle_Krikri

 



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