[Test] The Last Cat in the Universe
Il existe des jeux qui nous demandent de sauver le monde. The Last Cat in the Universe nous confie une mission autrement plus modeste : prendre soin d'un chat. Le dernier de tout l'univers. La Terre a été détruite par un astéroïde, l'humanité a disparu et les derniers vestiges de sa présence dérivent dans l'espace. Nous incarnons une intelligence artificielle installée dans une station spatiale condamnée, dont l'ultime directive consiste à protéger une chatte abandonnée à son sort. Il faut la nourrir, préserver sa santé, maintenir une température acceptable et assurer son confort malgré l'épuisement progressif des ressources. Une mission qui paraît presque dérisoire face à l'immensité du vide, mais qui prend rapidement une importance inattendue.
Le jeu ne cherche jamais le spectaculaire. Pas de combats, pas d'exploration galactique ni de grandes batailles pour sauver ce qui reste de l'humanité. Seulement une station qui se désagrège, quelques machines encore fonctionnelles et un petit animal dont la survie dépend entièrement de nos décisions. C'est précisément dans ce décalage entre la simplicité de notre mission et le caractère désespéré de la situation que The Last Cat in the Universe trouve une bonne partie de son charme.
The Last Cat in the Universe repose sur une boucle de gameplay accessible, construite autour de l'extraction de ressources. À l'aide d'un laser, nous détruisons les différentes couches de matériaux qui composent les vestiges de la station afin de récupérer de quoi poursuivre notre mission. Le fonctionnement est particulièrement simple : il suffit de déplacer le curseur pour cibler les blocs à extraire, sans avoir besoin de cliquer frénétiquement. L'extraction devient rapidement fluide, presque hypnotique, à mesure que les matériaux disparaissent et que les réserves augmentent. Ces ressources permettent ensuite d'améliorer notre équipement, qu'il s'agisse de la puissance du laser, de sa vitesse d'extraction ou de sa capacité à traverser les couches les plus résistantes.
Cette montée en puissance fonctionne bien. Les obstacles qui demandaient initialement de longues secondes finissent par disparaître presque instantanément, procurant cette satisfaction immédiate propre aux jeux incrémentaux. On améliore son matériel, on gagne en efficacité et l'on accède progressivement à de nouvelles ressources. Rien de particulièrement original dans cette formule, mais elle remplit correctement son rôle. Là où le jeu devient plus intéressant, c'est lorsqu'il nous oblige à partager ces précieuses ressources entre l'amélioration de notre équipement et l'entretien du refuge du chat. Nourriture, litière, santé ou maintien des conditions de vie : chaque installation nécessite une attention régulière. Investir dans un laser plus performant peut faciliter la suite de l'aventure, mais encore faut-il conserver suffisamment de matériaux pour assurer la survie de notre protégée.
Ce système d'arbitrage donne un objectif concret à une mécanique de collecte autrement très conventionnelle. Malheureusement, la formule révèle assez vite ses limites. Une fois les principales améliorations comprises, les séquences finissent par se ressembler. On extrait, on accumule, on améliore, puis on recommence. Les décisions stratégiques restent relativement limitées et certaines phases de collecte s'étirent davantage qu'elles ne le devraient, notamment lorsqu'il faut récupérer des matériaux spécifiques. La progression conserve un côté satisfaisant, mais on aurait aimé que le jeu bouscule un peu plus ses habitudes, avec de nouvelles contraintes ou quelques événements capables de modifier notre manière de jouer. En l'état, le gameplay accompagne correctement l'aventure sans parvenir à se renouveler suffisamment pour constituer, à lui seul, sa principale attraction.
C'est finalement sur le terrain narratif que The Last Cat in the Universe se révèle le plus convaincant. Au fil de l'extraction, nous découvrons des fragments de communications et des souvenirs qui permettent de reconstituer l'histoire de la station et de ses anciens occupants. Ces éléments dévoilent progressivement les circonstances ayant conduit notre intelligence artificielle à se retrouver seule avec sa protégée. Le récit avance sans précipitation, à travers des informations parfois anodines qui prennent une tout autre signification dans cet environnement déserté. On découvre les traces d'une vie autrefois ordinaire, faite de relations humaines, de préoccupations quotidiennes et de petits moments dont il ne reste désormais que quelques souvenirs numériques.
Le jeu aborde ainsi des thèmes comme la disparition, la mémoire, la responsabilité et la valeur d'une existence, sans chercher à multiplier les dialogues ou les grandes révélations. Il préfère installer son atmosphère par petites touches, laissant au joueur le temps de comprendre ce qui s'est passé et de s'attacher à cette dernière présence vivante. Le contraste fonctionne particulièrement bien : alors que tout semble condamné autour de nous, le chat continue simplement à vivre, inconscient de l'ampleur de la catastrophe. Il faut encore le nourrir, veiller sur lui et maintenir son environnement en état. Des gestes presque mécaniques qui finissent par prendre une dimension bien plus personnelle.
On peut toutefois regretter que cette relation reste assez distante sur le plan interactif. Contrairement à ce que le concept pourrait laisser espérer, nous ne passons pas notre temps à jouer avec le chat ou à le caresser. Notre rôle consiste surtout à entretenir les systèmes qui assurent sa survie. Cette distance est cohérente avec notre condition d'intelligence artificielle, mais quelques interactions supplémentaires auraient certainement renforcé l'attachement à l'animal. Davantage de réactions, de petits moments de jeu ou même quelques possibilités de personnalisation auraient apporté un peu de vie à cette relation. Cela n'empêche pas le scénario de fonctionner, notamment parce qu'il réussit à transformer des tâches répétitives en gestes qui ont du sens. Nous ne cherchons plus seulement à optimiser une production ou à débloquer une amélioration supplémentaire : nous essayons de prolonger une existence dans un univers qui semble avoir définitivement renoncé à toute forme de vie.
Visuellement, The Last Cat in the Universe ne cherche pas à impressionner. Son pixel art reste simple et fonctionnel, avec des décors modestes, des animations limitées et des interfaces qui privilégient avant tout la lisibilité. Ce parti pris convient plutôt bien à l'expérience proposée. La froideur des installations spatiales contraste avec le petit refuge du chat, véritable îlot de chaleur au milieu d'un environnement mécanique condamné. Quelques animations suffisent d'ailleurs à faire passer cette idée, notamment lorsque l'animal dort paisiblement tandis que la station continue de se dégrader autour de lui. Le jeu n'a pas besoin d'en faire beaucoup plus pour rappeler ce qui est réellement en jeu.
La véritable réussite artistique du titre se trouve néanmoins du côté de sa bande originale. Réalisée en collaboration avec l'artiste vénézuélienne Diora Salazar, elle ne se contente pas d'accompagner les longues phases d'extraction : elle participe directement à la narration. D'abord discrètes et méditatives, les compositions prennent progressivement une dimension plus émotionnelle à mesure que l'histoire se dévoile. Le scénario intègre notamment la reconstitution d'une chanson dont les fragments sont découverts au cours de l'aventure, donnant à la musique une place particulière dans la progression du récit. Elle devient un lien avec les personnages disparus, une manière de faire ressurgir ce qui existait avant la catastrophe.
C'est probablement ce qui permet à l'ambiance de conserver autant de force malgré la répétitivité de certaines séquences. Là où l'extraction finit parfois par manquer de relief, la musique maintient une forme de tension douce et mélancolique. Elle accompagne la solitude de notre intelligence artificielle sans chercher à provoquer artificiellement l'émotion à chaque instant. Cette retenue fait du bien et donne à The Last Cat in the Universe une identité sonore qui dépasse largement ce que son apparente simplicité pouvait laisser imaginer.
Comptez environ deux à trois heures pour terminer The Last Cat in the Universe. Une durée plutôt adaptée à cette expérience qui privilégie un récit complet plutôt qu'une progression infinie. Le jeu ne cherche pas à multiplier les systèmes ou à proposer des dizaines d'heures de contenu, et c'est probablement une bonne chose. Son histoire se découvre facilement en une ou deux sessions, ce qui permet d'en conserver le fil narratif et de profiter de son atmosphère sans trop s'en éloigner.
Ce format court ne suffit pourtant pas à éviter quelques passages laborieux. Certaines phases d'extraction imposent de retraverser des couches déjà explorées pour atteindre les matériaux recherchés. Même avec un laser amélioré, ces séquences finissent par ralentir inutilement la progression, d'autant que les nouvelles possibilités de gestion se font rares dans la seconde moitié de l'aventure. L'équilibrage a d'ailleurs nécessité des ajustements pour faciliter l'accès à certaines ressources et limiter les situations de blocage. On comprend l'idée de conserver une forme d'effort dans la collecte, mais le jeu aurait gagné à varier davantage les situations plutôt qu'à prolonger des actions déjà bien assimilées.
La rejouabilité reste également limitée. Une fois l'histoire découverte et les principales améliorations débloquées, les raisons de recommencer sont peu nombreuses. Ce n'est pas forcément un défaut majeur, à condition de savoir ce que l'on vient chercher. The Last Cat in the Universe n'est pas un jeu de gestion complexe destiné à occuper des dizaines d'heures. Il s'agit avant tout d'une courte aventure narrative qui utilise les mécaniques du jeu incrémental pour raconter quelque chose. Et sous cet angle, sa durée relativement modeste apparaît davantage comme un choix cohérent que comme une véritable faiblesse.
Sans dévoiler son dénouement, The Last Cat in the Universe accorde une importance particulière à sa conclusion. Tout au long de l'aventure, nous sommes encouragés à optimiser notre extraction, à améliorer nos équipements et à maintenir les installations en fonctionnement. Pourtant, le scénario finit par remettre en question cette logique de progression permanente. Réussir notre mission consiste-t-il vraiment à produire toujours davantage ? Cette interrogation prend une dimension particulière puisque nous incarnons une intelligence artificielle programmée pour protéger un être vivant, dans un univers où les notions d'utilité, de réussite et même de survie semblent avoir perdu une grande partie de leur sens.
Le récit n'évite pas totalement les facilités émotionnelles et certains développements restent prévisibles. Mais l'ensemble fonctionne grâce à la cohérence entre le gameplay, la musique et la narration. Ce qui ressemblait initialement à une simple succession de tâches finit par devenir une réflexion sur l'attachement, le temps qui passe et la responsabilité envers ceux qui dépendent de nous. Le jeu ne révolutionne ni le genre incrémental ni la narration vidéoludique, mais il réussit à faire quelque chose d'intéressant avec des moyens relativement modestes : donner une véritable raison d'être à des mécaniques que l'on pourrait autrement trouver bien ordinaires.
The Last Cat in the Universe n'est pas un jeu incrémental particulièrement ambitieux. Son système d'extraction fonctionne bien, les améliorations procurent une progression satisfaisante et la prise en main est immédiate. Mais le manque de variété, les interactions limitées avec le chat et certaines longueurs empêchent le gameplay de véritablement se renouveler. Ceux qui recherchent une expérience de gestion approfondie ou des mécaniques capables de les surprendre régulièrement risquent donc de rester sur leur faim.
En revanche, son univers mélancolique, sa narration progressive et surtout son excellente bande originale lui donnent une identité bien à lui. Le titre réussit à transformer une mécanique de collecte très classique en une aventure touchante, où chaque ressource récupérée participe à une mission autrement plus personnelle que la simple accumulation de statistiques. Il faut accepter son rythme tranquille, sa faible rejouabilité et quelques passages répétitifs pour en apprécier pleinement les qualités. Mais pour les amateurs de courtes expériences narratives, le voyage mérite que l'on s'y attarde.
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