[Test] Port of Jumanah

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[Test] Port of Jumanah

Avec Port of Jumanah, Red Dunes Games et Agate s’attaquent à un genre qui ne manque certainement pas de représentants. Le roguelite d’action est devenu un terrain particulièrement encombré ces dernières années et parvenir à s’y distinguer demande désormais davantage qu’une succession de salles générées procéduralement et quelques améliorations à récupérer. Port of Jumanah dispose heureusement d’un argument immédiatement identifiable : son univers. En délaissant les habituels enfers, donjons et autres royaumes de fantasy pour nous entraîner dans les profondeurs du golfe Arabique, le titre construit une aventure sous-marine colorée inspirée notamment de la tradition régionale de la pêche aux perles. Une identité rafraîchissante, accompagnée d’un système de combat particulièrement agréable, mais qui masque difficilement une formule roguelite manquant parfois de profondeur.

L’aventure nous place dans la peau de Mansour, un jeune pêcheur de perles dont la vie bascule lorsqu’il découvre une gigantesque palourde noire au fond de l’océan. Comme on pouvait s’en douter, ouvrir cette mystérieuse trouvaille n’était pas exactement l’idée du siècle. Une corruption se répand dans les mers et Mansour se retrouve chargé de récupérer six perles noires disséminées dans les profondeurs afin de réparer les conséquences de cette découverte. Le scénario fournit ainsi un prétexte efficace pour parcourir plusieurs régions marines et affronter leurs gardiens, sans chercher à transformer Port of Jumanah en grande fresque narrative.

L’écriture préfère d’ailleurs très largement l’humour à la gravité. Mansour croise progressivement une galerie de personnages volontairement excentriques, parmi lesquels une pirate, une vieille tortue, une jeune femme fortunée, un génie et même un chat. L’équipage qui se constitue au fil de l’aventure devient rapidement une composante importante de l’identité du jeu. Les dialogues sont courts, les situations souvent absurdes et Port of Jumanah refuse presque constamment de prendre sa quête de sauvetage du monde au sérieux. Ce ton fonctionne bien avec son esthétique très colorée et donne au titre un charme immédiat.

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Cette légèreté possède toutefois son revers. L’histoire remplit correctement sa fonction de fil conducteur, mais peine à donner une véritable importance aux événements qu’elle raconte. La corruption des océans et la recherche des six perles servent avant tout à justifier les différentes étapes de l’aventure. Lorsque le scénario cherche à devenir plus sérieux, notamment à l’approche de son dénouement, la transition manque de force. Les personnages et l’univers restent finalement plus mémorables que l’intrigue elle-même. Ce n’est pas réellement gênant dans un jeu aussi orienté vers l’action, mais ceux qui espèrent retrouver la richesse narrative des références les plus ambitieuses du roguelite risquent de rester sur leur faim.

C’est une fois sous l’eau que Port of Jumanah trouve véritablement son rythme. La boucle de jeu repose sur un principe familier : Mansour prépare son équipement au port avant de plonger dans une succession de zones composées de salles dont l’agencement et la disposition des adversaires varient. On combat, récupère des ressources et des améliorations, détruit certains éléments du décor pour obtenir du matériel supplémentaire, puis poursuit son exploration jusqu’aux affrontements les plus importants. De retour au port, les ressources permettent d’améliorer durablement l’équipement, le bateau et différentes capacités avant de repartir pour une nouvelle expédition.

Le système de combat est l’une des principales réussites de l’expérience. Mansour dispose d’attaques au corps-à-corps, peut utiliser différentes armes et bénéficie d’options à distance ainsi que d’une esquive particulièrement importante. Les commandes répondent rapidement et les coups produisent une sensation d’impact suffisamment convaincante pour rendre les affrontements plaisants dès les premières minutes. L’environnement sous-marin apporte en plus une légère sensation de flottement aux déplacements sans sacrifier leur précision. Le résultat conserve la nervosité attendue d’un action-roguelite tout en développant un rythme qui lui appartient davantage. La manette est clairement le périphérique le plus naturel pour profiter de cette mobilité.

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L’esquive profite notamment d’une fenêtre d’invulnérabilité assez confortable et devient rapidement essentielle lorsque plusieurs créatures attaquent simultanément. Les adversaires imposent de rester mobile et de comprendre leurs comportements plutôt que de simplement marteler le bouton d’attaque. Les combats de boss poussent davantage encore cette logique, avec des attaques lisibles mais plus dangereuses qui demandent de surveiller l’arène et de choisir le bon moment pour passer à l’offensive. Lorsque plusieurs menaces se superposent à l’écran, Port of Jumanah parvient généralement à conserver une action compréhensible malgré son esthétique chargée et ses couleurs très vives.

Le problème vient plutôt de l’équilibrage général. Port of Jumanah se montre particulièrement accessible et sa progression permanente augmente assez rapidement la puissance de Mansour. Les améliorations du bateau, de l’équipement et les avantages apportés par l’équipage finissent par réduire considérablement la menace représentée par certaines expéditions. La mort, élément normalement central dans la construction d’un roguelite, perd alors une partie de son importance. Le jeu conserve sa boucle de départ, d’exploration et d’amélioration, mais la tension associée au risque de perdre une tentative n’atteint jamais vraiment celle des représentants les plus exigeants du genre.

La jauge d’oxygène illustre parfaitement cette difficulté à maintenir la pression. En théorie, elle oblige à arbitrer entre l’envie de continuer à explorer une zone afin de récupérer davantage de ressources et la nécessité de remonter avant qu’il ne soit trop tard. L’idée exploite intelligemment le cadre sous-marin pour créer une mécanique de risque et de récompense. Dans les faits, la progression finit par atténuer fortement cette contrainte. Il est même possible de désactiver l’épuisement de l’oxygène dans les options. Cette possibilité améliore évidemment l’accessibilité, mais montre également à quel point la mécanique reste périphérique dans l’équilibre global de l’expérience.

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Les power-ups récupérés pendant les plongées permettent de modifier progressivement les capacités de Mansour et constituent l’autre grande composante roguelite du titre. Plusieurs associations sont possibles et les premières heures poussent naturellement à expérimenter. Une amélioration découverte au cours d’une expédition peut changer la manière d’aborder les combats et l’accumulation des bonus procure cette agréable impression de devenir progressivement beaucoup plus puissant. Le jeu propose notamment quatorze power-ups, auxquels viennent s’ajouter l’équipement et les bonus permanents obtenus au fil de la progression.

Cette mécanique atteint néanmoins assez vite ses limites. Le nombre de combinaisons véritablement déterminantes n’est pas suffisamment important pour transformer radicalement chaque nouvelle partie. Une fois les associations les plus efficaces identifiées, l’expérimentation laisse progressivement place à la répétition. C’est sans doute ici que Port of Jumanah souffre le plus de la comparaison naturelle avec les ténors du genre : sa boucle fonctionne, mais elle ne génère pas constamment ces situations imprévues dans lesquelles une combinaison improbable d’améliorations bouleverse complètement une partie. La progression permanente compense ainsi davantage la difficulté qu’elle n’ouvre de nouvelles possibilités stratégiques.

Le port donne heureusement davantage de sens aux ressources ramenées des profondeurs. Améliorer son bateau et recruter progressivement de nouveaux membres d’équipage procure des bonus pour les prochaines expéditions tout en donnant une impression tangible de progression. Ce retour régulier dans un lieu familier fonctionne bien avec l’atmosphère générale du jeu. Plutôt qu’un simple menu entre deux parties, le port devient le point d’ancrage de l’aventure et accompagne l’évolution de Mansour. Cette dimension contribue beaucoup au côté chaleureux de Port of Jumanah et donne envie de découvrir les prochaines améliorations disponibles.

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Visuellement, le titre possède une identité beaucoup plus affirmée. Sa réalisation en 2,5D privilégie des personnages très expressifs, des couleurs éclatantes et des environnements qui donnent parfois l’impression d’explorer un livre d’illustrations animé. Les cavernes tapissées de coraux, les profondeurs bioluminescentes et la faune volontairement fantaisiste permettent aux fonds marins de conserver une personnalité immédiatement reconnaissable. L’inspiration puisée dans les traditions côtières et la pêche aux perles du Golfe contribue également à éloigner Port of Jumanah de l’imaginaire beaucoup plus générique de nombreux jeux du même genre.

La variété visuelle n’est cependant pas infinie. Les salles relativement compactes et leur construction procédurale conduisent nécessairement à revoir certains éléments de décor et certaines configurations. Au bout de plusieurs plongées, les mêmes formations et structures deviennent reconnaissables malgré les variations apportées à leur disposition. Le phénomène n’est pas inhabituel pour un roguelite, mais il se remarque d’autant plus que Port of Jumanah ne possède pas une quantité gigantesque de biomes. La direction artistique reste séduisante jusqu’au bout, mais l’effet de découverte des premières heures s’estompe progressivement.

La partie sonore se montre plus discrète. Les bruitages accompagnent correctement les attaques et permettent aux combats de conserver leur impact, tandis que les musiques soutiennent l’aventure sans prendre le dessus. Les moments les plus réussis sont finalement ceux où le jeu exploite directement son environnement aquatique, notamment lorsque le silence et les sons étouffés de l’eau participent à l’impression de descendre vers un endroit inconnu. On aurait aimé que cette dimension soit davantage développée afin de donner aux différentes profondeurs une identité sonore aussi forte que leur personnalité visuelle.

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Port of Jumanah est également un jeu relativement compact. Il ne cherche pas à occuper des dizaines d’heures et l’essentiel de son contenu peut être découvert en quelques heures, même si la complétion, les améliorations et les différentes activités permettent naturellement de prolonger l’expérience. Cette durée assez courte joue finalement en sa faveur autant qu’elle le limite. Elle réduit forcément la richesse du système roguelite et l’intérêt des parties à très long terme, mais empêche également la répétition de devenir véritablement épuisante.

C’est probablement sous cet angle que Port of Jumanah fonctionne le mieux : moins comme un roguelite destiné à être recommencé pendant des dizaines d’heures que comme une aventure d’action compacte utilisant les mécaniques du genre pour structurer sa progression. Son système de combat immédiat, son univers maritime inhabituel, sa direction artistique pleine de personnalité et son humour rendent les plongées agréables sans demander d’assimiler une multitude de systèmes complexes. Cette simplicité en fait une proposition particulièrement accueillante pour ceux qui apprécient le principe du roguelite sans nécessairement rechercher sa difficulté habituelle.

Elle constitue en même temps son principal plafond. La montée en puissance de Mansour finit par dépasser celle du danger, les conséquences d’un échec restent limitées et les possibilités de builds ne sont pas assez nombreuses pour renouveler profondément les expéditions. Les premières heures sont donc les plus séduisantes : les fonds marins intriguent, les personnages se dévoilent et chaque amélioration semble ouvrir une nouvelle possibilité. À mesure que l’on progresse, la structure apparaît davantage derrière le décor et les répétitions deviennent plus visibles.

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Port of Jumanah n’en demeure pas moins une aventure attachante. Il ne révolutionne pas le roguelite et manque de profondeur pour rivaliser avec les références les plus riches du genre, mais son évocation fantaisiste de la pêche aux perles du Golfe, ses créatures marines absurdes, son équipage improbable et ses combats fluides lui donnent une véritable personnalité.

Il faut donc moins l’aborder comme un roguelite destiné à devenir une obsession de plusieurs dizaines d’heures que comme une aventure d’action accessible et colorée empruntant au genre ses mécaniques de progression. Dans cette optique, Port of Jumanah remplit efficacement son contrat. Les plongées sont plaisantes, les combats répondent bien et l’univers donne envie d’être exploré. Il lui manque surtout davantage de danger, de variété et de profondeur dans ses systèmes pour transformer cette sympathique excursion sous-marine en expédition véritablement incontournable.

 



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