[Test] Super Bomberman Collection
Il existe des concepts qui vieillissent beaucoup mieux que les technologies qui les ont vus naître. Bomberman en fait indiscutablement partie. Plus de trente ans après l'arrivée du premier Super Bomberman sur Super Nintendo, il suffit toujours d'une petite arène, de quelques murs destructibles, d'une poignée de bombes et de plusieurs joueurs décidés à se faire exploser mutuellement pour que la magie opère. Super Bomberman Collection repose précisément sur cette constatation. Plutôt que de réinventer la formule, cette compilation rassemble les cinq Super Bomberman parus sur Super Nintendo et Super Famicom, auxquels viennent s'ajouter les deux premiers Bomberman sur Famicom. Sept jeux qui permettent de suivre une décennie d'évolution de la série et, surtout, de retrouver une époque où Hudson Soft affinait presque épisode après épisode une formule d'une simplicité redoutable.
Le principe n'a pratiquement pas besoin d'explication. Bomberman évolue dans des labyrinthes quadrillés et dépose des bombes dont l'explosion se propage horizontalement et verticalement. Les blocs destructibles dissimulent des améliorations permettant d'augmenter le nombre de bombes transportées, leur portée ou encore la vitesse du personnage. À partir de cette poignée de règles naît pourtant un jeu étonnamment tactique. Poser une bombe signifie condamner temporairement certaines cases, anticiper l'explosion suivante et toujours conserver une voie de sortie. Une seconde d'inattention suffit pour s'enfermer soi-même dans un coin. En multijoueur, chaque bombe devient également une menace différée qu'un adversaire peut exploiter contre son propriétaire. Trois décennies plus tard, cette mécanique conserve une lisibilité et une efficacité remarquables.
Super Bomberman est naturellement le plus simple des cinq épisodes 16 bits, mais aussi celui qui permet de mesurer à quel point les fondations étaient déjà solides en 1993. Le mode normal alterne labyrinthes, ennemis et affrontements contre des boss avec une progression relativement traditionnelle. Le rythme paraît aujourd'hui assez posé et certains niveaux finissent par se ressembler, mais la destruction progressive du décor et la recherche des améliorations conservent leur petit pouvoir hypnotique. Le véritable cœur du jeu reste néanmoins son Battle Mode. L'affrontement à quatre joueurs paraît rudimentaire comparé à ce que proposeront ses suites, mais il contient déjà toute l'essence de Bomberman : récupérer rapidement les bonus, agrandir son territoire, empêcher les adversaires de circuler et provoquer cette délicieuse réaction en chaîne qui transforme soudain la moitié de l'écran en fournaise. C'est brut, immédiat et toujours très amusant.
Super Bomberman 2 préfère perfectionner la formule plutôt que la bouleverser. Son aventure gagne en personnalité grâce aux Dastardly Bombers et à des environnements plus travaillés, tandis que les niveaux exploitent davantage les pièges et différents éléments interactifs. Certains passages réclament ainsi un peu plus de réflexion que la simple élimination systématique des ennemis. Les combats de boss deviennent également plus élaborés, parfois au prix de quelques affrontements assez pénibles. En Battle Mode, la multiplication des particularités et des pouvoirs accentue le chaos sans faire disparaître la lisibilité qui constitue la grande force de la série. Super Bomberman 2 ressemble finalement à une version plus sûre d'elle-même du premier jeu : moins révolutionnaire qu'il n'y paraît, mais mieux construite et plus généreuse.
Super Bomberman 3 marque une évolution autrement plus visible. Les Louies font leur apparition, ces créatures colorées que Bomberman peut chevaucher et qui possèdent différentes capacités. Certaines permettent notamment de sauter par-dessus les obstacles ou d'interagir différemment avec les bombes, tout en offrant indirectement une protection supplémentaire. Ce nouvel élément apporte immédiatement davantage de possibilités sans alourdir les commandes. L'aventure gagne également en structure, avec plusieurs planètes à parcourir et les Dastardly Bombers ramenés à la vie par le professeur Bagura. Les stages demandent notamment de récupérer différents éléments avant d'affronter leurs gardiens et peuvent être revisités. Visuellement, l'épisode trouve aussi un équilibre particulièrement réussi entre couleurs éclatantes, décors détaillés et personnages minuscules mais extrêmement expressifs. C'est à partir de ce troisième volet que la série donne véritablement l'impression d'avoir trouvé sa forme 16 bits définitive.
Super Bomberman 4 poursuit cette logique d'enrichissement avec encore davantage de créatures, de pouvoirs et de possibilités. Son intérêt est d'autant plus grand dans cette compilation qu'il bénéficie enfin d'une localisation officielle en anglais, après être longtemps resté cantonné au Japon. L'épisode conserve la précision du précédent tout en poussant plus loin son goût pour les variations. Les différentes montures et capacités rendent les parties moins prévisibles, tandis que les arènes exploitent davantage les gimmicks environnementaux. En solo, la formule commence forcément à laisser apparaître certaines répétitions après trois épisodes très proches dans leur structure, mais les petites différences de rythme et de level design suffisent à maintenir l'intérêt. En multijoueur, cette accumulation devient au contraire une force : les situations absurdes se multiplient et une partie apparemment maîtrisée peut s'effondrer en quelques secondes.
Super Bomberman 5 représente logiquement l'aboutissement de cette génération. Hudson Soft ne cherche plus réellement à réinventer Bomberman et préfère réunir les meilleures idées accumulées jusque-là. Le résultat est un épisode particulièrement dense, rapide et généreux, dont les nombreuses arènes et variations constituent une excellente synthèse de la série. Sa structure permet également de varier davantage la progression et encourage à revenir sur certaines portions de l'aventure. Le jeu paraît parfois presque trop chargé lorsqu'on le découvre immédiatement après ses quatre prédécesseurs, mais pris indépendamment, il constitue probablement l'expression la plus complète de la formule Super Bomberman. Sa présence est d'autant plus appréciable qu'il était lui aussi resté exclusif au Japon et profite désormais d'une localisation anglaise officielle.
Bomberman sur Famicom raconte une histoire très différente. Revenir à cet épisode après les cinq jeux Super Nintendo provoque presque un choc tant la formule apparaît dépouillée. Les environnements sont simples, les possibilités limitées et le rythme plus austère. Pourtant, le squelette de tout ce qui suivra est déjà présent. Détruire méthodiquement les blocs, chercher les améliorations et calculer la portée des explosions fonctionne encore étonnamment bien. Il faut simplement accepter un jeu issu d'une autre époque, plus répétitif et beaucoup moins confortable. Son intérêt dans la collection est donc autant ludique qu'historique : il permet de comprendre comment quelques règles élémentaires ont fini par donner naissance à l'une des grandes références du jeu multijoueur.
Bomberman II affine sensiblement cette première ébauche. Plus varié et mieux rythmé, il possède surtout une importance particulière puisqu'il introduit le jeu compétitif dans cette branche de la série. Évidemment, comparé aux batailles des épisodes Super Nintendo, le résultat semble extrêmement primitif. Les arènes disposent de moins de fantaisie et les possibilités tactiques sont plus limitées. Mais le plaisir fondamental consistant à enfermer un adversaire entre un mur et une explosion est déjà là. Ces deux épisodes Famicom restent toutefois les parents pauvres de la compilation. Leur présentation est moins travaillée et ils ne profitent pas de certains traitements accordés aux cinq épisodes Super Nintendo, ce qui renforce l'impression qu'ils sont présents comme bonus historiques plutôt que comme véritables piliers de l'ensemble.
La compilation elle-même est heureusement bien plus qu'un simple menu permettant de lancer sept ROM. Les cinq Super Bomberman bénéficient d'une présentation particulièrement agréable, avec leurs boîtes, cartouches et manuels reproduits numériquement. Il est même possible de manipuler les emballages et de les « ouvrir », une petite attention parfaitement inutile du point de vue du gameplay mais excellente dans une démarche de préservation. Une galerie rassemble plus de deux cents illustrations et documents graphiques, tandis qu'un lecteur musical permet de parcourir les bandes originales et de créer ses propres sélections. L'ensemble donne à la collection une dimension de petit musée consacré à la période Super Nintendo de Bomberman plutôt qu'à l'intégralité de la franchise.
Les fonctions modernes rendent surtout les campagnes nettement plus confortables. Les sauvegardes rapides évitent de dépendre des anciens systèmes de mots de passe et le rembobinage permet d'annuler une erreur en quelques secondes. Une telle fonction pourrait sembler presque sacrilège dans un jeu fondé sur l'anticipation, mais elle devient vite appréciable en solo lorsqu'une bombe mal placée oblige normalement à recommencer une séquence entière. Plusieurs options d'affichage, bordures et filtres permettent également d'adapter le rendu à ses préférences. Les puristes peuvent conserver une présentation très proche de l'originale tandis que les autres peuvent lisser légèrement l'expérience sans modifier le jeu lui-même.
Le Boss Rush constitue l'ajout jouable le plus notable. Il permet d'enchaîner les affrontements majeurs des différents Super Bomberman avec plusieurs niveaux de difficulté. L'idée est amusante et offre une manière immédiate de retrouver certains combats sans recommencer une campagne, même si elle ne bouleverse pas véritablement la valeur de la compilation. Bomberman a toujours été beaucoup plus intéressant lorsque ses bombes servent à contrôler l'espace face à plusieurs adversaires que lorsqu'elles doivent simplement réduire la barre de vie d'un énorme boss.
Le principal défaut de Super Bomberman Collection apparaît alors immédiatement : l'absence d'un véritable multijoueur en ligne. Bomberman est peut-être l'un des meilleurs exemples de jeu dont la simplicité prend toute sa dimension face à d'autres êtres humains. Pouvoir conserver les affrontements locaux est indispensable, mais limiter une compilation sortie en 2026 à cette seule approche paraît franchement étrange. La version Switch 2 peut contourner partiellement le problème grâce aux fonctions GameShare et GameChat, mais il ne s'agit pas d'un remplacement satisfaisant à un véritable matchmaking et à des salons en ligne directement intégrés au jeu. Sur les autres machines, cette absence se ressent encore davantage.
Le multijoueur local demeure heureusement absolument formidable. Bomberman possède cette qualité rare d'être compréhensible par presque n'importe qui en quelques secondes tout en laissant apparaître progressivement une véritable profondeur. Un débutant sait immédiatement qu'il faut poser une bombe puis s'éloigner. Un joueur expérimenté observe au contraire la longueur des flammes adverses, contrôle les couloirs, déclenche volontairement des réactions en chaîne et place ses bombes de manière à supprimer progressivement toutes les issues possibles. Les meilleurs affrontements ressemblent presque à une partie d'échecs jouée à toute vitesse, sauf que l'échiquier explose toutes les cinq secondes et que les joueurs finissent généralement par rire lorsqu'un plan brillant élimine son propre auteur.
Les campagnes solo résistent moins bien au temps. Elles sont loin d'être mauvaises et certaines deviennent même très agréables à parcourir, particulièrement à partir de Super Bomberman 3, mais l'enchaînement de labyrinthes révèle rapidement les limites de la formule lorsque personne d'autre ne vient perturber les plans du joueur. Les ennemis restent généralement beaucoup plus prévisibles qu'un adversaire humain et la destruction systématique des blocs finit par créer une certaine routine. Jouer successivement aux cinq épisodes accentue évidemment cette sensation. Super Bomberman Collection se savoure donc mieux par sessions relativement courtes que dans le cadre d'un marathon des sept jeux.
Techniquement, la nature rétro du contenu rend évidemment l'ensemble peu exigeant, et le pixel art a remarquablement bien vieilli. Les personnages restent parfaitement lisibles au milieu des explosions et les derniers épisodes Super Nintendo regorgent de petites animations qui donnent énormément de personnalité à cet univers. Quelques imperfections techniques peuvent néanmoins apparaître selon la version, notamment sur PC lorsque le framerate dépasse les conditions prévues par l'émulation, avec des problèmes potentiels de synchronisation ou de vitesse. Rien qui remette fondamentalement en question l'ensemble une fois les paramètres adaptés, mais une compilation patrimoniale devrait idéalement être irréprochable sur ce terrain.
Peut-on réellement parler de collection définitive ? Pas tout à fait. Super Bomberman Collection porte un titre plus ambitieux que son contenu réel. Elle constitue surtout une excellente anthologie des Super Bomberman, plutôt qu'une collection définitive de la série. Toute une partie de l'histoire de Bomberman reste en dehors de la boîte. Les épisodes PC Engine, Mega Drive, Saturn et différentes productions portables auraient pu donner à l'ensemble une portée historique autrement plus vaste. L'absence de Saturn Bomberman se fait particulièrement sentir tant celui-ci aurait constitué un complément naturel pour une compilation célébrant le Bomberman multijoueur classique.
Reste que les cinq épisodes Super Nintendo sont enfin réunis proprement sur des machines modernes, Super Bomberman 4 et Super Bomberman 5 deviennent beaucoup plus accessibles grâce à leur traduction anglaise et l'habillage témoigne d'un véritable souci de conservation. Les sauvegardes rapides et le rembobinage corrigent intelligemment certaines contraintes de l'époque sans dénaturer les jeux, tandis que les boîtes, manuels, illustrations et musiques donnent envie de fouiller dans les archives entre deux parties.
Surtout, Super Bomberman Collection rappelle une chose que trente années d'évolution technologique n'ont absolument pas changée : Bomberman n'a jamais eu besoin d'être compliqué pour être excellent. Quatre personnages, quelques dizaines de cases et une bombe dont la mèche vient de s'allumer suffisent encore à produire des parties hilarantes, tendues et imprévisibles. Le solo accuse parfois son âge et la compilation aurait gagné énormément à proposer un vrai mode en ligne. Dès que plusieurs joueurs se retrouvent autour du même écran, en revanche, la mèche reprend immédiatement. Et trente ans plus tard, l'explosion fait toujours autant d'effet.
Super Bomberman Collection est une compilation soignée et généreuse d'une période essentielle de la série, portée par cinq épisodes Super Nintendo dont le gameplay multijoueur demeure presque intemporel. Les fonctions de confort et le très sympathique contenu du musée en font une excellente manière de conserver et découvrir ces jeux aujourd'hui. L'absence d'un véritable mode en ligne constitue cependant une énorme occasion manquée et sa sélection trop resserrée l'empêche de devenir la grande anthologie définitive de Bomberman. Une collection imparfaite, donc, mais remplie de jeux qui savent encore parfaitement pourquoi une bombe, quatre murs et quelques amis peuvent suffire à occuper une soirée entière.
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