[Test] Aggelos II

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[Test] Aggelos II

Huit ans après un premier épisode qui assumait pleinement son amour pour les jeux d’action-aventure 8-bit, Aggelos revient avec une suite nettement plus ambitieuse. Aggelos 2 ne bouleverse pas les fondations de son prédécesseur : il les développe. Le monde est plus vaste et plus ouvert, les déplacements gagnent en possibilités et les combats en profondeur. L’esthétique délaisse aussi en partie le 8-bit pour se rapprocher des productions 16-bit de la Mega Drive et de la Super Nintendo. Derrière son pixel art rétro se cache ainsi un Metroidvania qui a compris qu’un hommage au passé n’oblige pas à reproduire toutes ses limitations.

L’histoire se déroule un millénaire après les événements du premier Aggelos. Le Royaume de Lumen se retrouve une nouvelle fois menacé alors que les forces des ténèbres prennent progressivement l’avantage sur celles de la lumière. Notre héros appartient à l’ordre des Aggelos et possède surtout une particularité qui va rapidement devenir le cœur de l’aventure : il est capable d’exister sous une forme angélique, mais également d’embrasser une nature démoniaque. Le scénario sert avant tout de prétexte à l’exploration et reste relativement discret. Il ne faut donc pas attendre une narration particulièrement développée ou une galerie de personnages mémorables. Aggelos 2 préfère raconter son aventure par son monde, ses affrontements et la progression de son personnage plutôt que par de longues séquences de dialogues.

Comme le veut la tradition du genre, l’Aggelos commence l’aventure avec des possibilités très limitées avant de récupérer progressivement ses capacités. L’introduction fait intelligemment office de tutoriel et permet rapidement de prendre en main les fondamentaux : attaquer, utiliser des projectiles, planer pendant quelques instants ou encore restaurer sa santé. L’épée et les ailes arrivent suffisamment tôt pour que le personnage ne donne jamais l’impression d’être complètement impotent. Mais ce n’est qu’après le premier véritable boss que la mécanique centrale d’Aggelos 2 se dévoile avec l’obtention de la forme démoniaque. À partir de cet instant, l’aventure change d’échelle.

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Cette seconde forme ne représente pas simplement une transformation esthétique. Elle permet d’accéder au Monde des Ténèbres par l’intermédiaire de portails et fait donc fonctionner Aggelos 2 autour de deux royaumes parallèles. La progression devient alors beaucoup moins linéaire. Les environnements contiennent des passages impossibles à franchir lors de leur première découverte, des objets hors d’atteinte et différents secrets qui invitent à revenir sur ses pas une fois de nouvelles compétences acquises. Un grappin, de nouvelles possibilités aériennes ou diverses capacités modifient progressivement la manière de lire les environnements. Une zone apparemment épuisée peut ainsi révéler de nouveaux chemins plusieurs heures après sa première exploration. Le level design entretient suffisamment la curiosité pour que ces retours soient rarement ressentis comme une corvée.

Cette construction fonctionne d’autant mieux que la mort n’annule pas systématiquement tout ce qui vient d’être accompli. Les éléments récupérés avant un décès restent acquis et les portions de carte découvertes demeurent visibles. La difficulté ne se transforme donc pas inutilement en punition. Les points de sauvegarde sont toutefois suffisamment espacés pour maintenir une certaine tension, tandis que les ennemis réapparaissent lorsque l’on revient dans les écrans précédemment visités. Aggelos 2 reste exigeant, mais évite généralement les méthodes artificielles destinées à faire perdre du temps. Il conserve ainsi une partie de la rigueur des jeux rétro tout en supprimant certaines de leurs frustrations.

La carte constitue malheureusement l’un des points faibles de cette exploration. Son existence représente déjà un progrès appréciable par rapport au premier épisode et elle devient indispensable compte tenu de l’ampleur prise par le monde. Elle se révèle cependant trop sommaire et parfois difficile à déchiffrer. Les petites cases, les différents éléments affichés simultanément et les marqueurs que l’on peut placer soi-même finissent par rendre l’ensemble plus confus qu’il ne devrait l’être. Heureusement, les améliorations découvertes mais pas encore accessibles peuvent être clairement signalées, et le déblocage de la téléportation facilite énormément les retours dans les anciennes zones. L’interface cartographique aurait simplement mérité autant d’attention que le level design qu’elle est censée représenter.

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Aggelos 2 se distingue surtout lorsqu’il faut sortir l’épée. Les affrontements sont rapides et reposent sur une philosophie résolument offensive, puisque le héros ne possède pas véritablement de garde traditionnelle derrière laquelle attendre tranquillement. Les ennemis attaquent au corps à corps, envoient des projectiles et obligent régulièrement à rester en mouvement. Les commandes répondent immédiatement et la souplesse du personnage permet au jeu d’imposer une difficulté parfois élevée sans donner l’impression de combattre contre la maniabilité. Les premières minutes peuvent sembler relativement rigides en raison du faible nombre de capacités disponibles. Cette sensation disparaît à mesure que l’arsenal s’enrichit.

Le système des deux formes apporte surtout une mécanique de polarité particulièrement intéressante. Certains projectiles peuvent être absorbés par la forme angélique et d’autres par la forme démoniaque, obligeant à changer d’apparence en plein combat. Le principe évoque immédiatement les jeux construits autour de projectiles de couleurs différentes, mais son intégration dans un action-platformer donne une véritable personnalité aux affrontements. Il ne suffit plus de sauter par-dessus une attaque : il faut identifier sa nature, adopter la bonne forme et parfois continuer simultanément à attaquer. Lorsque plusieurs projectiles et ennemis occupent l’écran, Aggelos 2 peut devenir étonnamment nerveux.

Les deux formes disposent en outre d’attaques légèrement différentes. La forme lumineuse profite notamment d’une portée confortable, tandis que son pendant sombre privilégie une approche plus directe et possède ses propres particularités à distance. Plusieurs pouvoirs magiques complètent l’ensemble et utilisent une jauge d’énergie que les combats permettent de recharger. Des fioles entrent également dans l’équation : sous sa forme angélique, elles peuvent notamment servir à récupérer de la santé, tandis que la forme démoniaque permet de les employer pour obtenir une accélération facilitant la traversée des zones.

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Le problème est que les soins sont généralement beaucoup plus précieux. Dans un jeu où la santé peut fondre rapidement et où les sauvegardes ne sont pas toujours à proximité, sacrifier une ressource curative simplement pour courir plus vite apparaît rarement comme le choix le plus judicieux. Cette mécanique rend donc la forme démoniaque un peu moins indispensable dans l’exploration qu’elle aurait pu l’être.

C’est véritablement pendant les boss que toutes ces idées trouvent leur pleine justification. Aggelos 2 compte treize affrontements majeurs répartis entre ses deux royaumes, et plusieurs demandent d’utiliser avec précision les compétences apprises jusque-là. Les espaces de combat relativement réduits, les projectiles, les changements de forme et les déplacements rapides transforment certaines rencontres en véritables épreuves d’exécution.

On retrouve par moments quelque chose de Mega Man dans cette manière d’imposer l’apprentissage des attaques adverses avant de demander au joueur de trouver les fenêtres permettant de riposter. La difficulté monte sensiblement, mais reste généralement cohérente avec les outils disponibles. Une défaite donne davantage envie de comprendre son erreur et de recommencer que de poser la manette.

L’aventure ne se résume heureusement pas aux combats. Les deux mondes accueillent également des énigmes, des secrets et de nombreuses améliorations. Aggelos 2 comprend parfaitement l’un des plaisirs fondamentaux du Metroidvania : montrer quelque chose au joueur avant de lui donner le moyen de l’atteindre. Apercevoir un passage mystérieux ou un objet inaccessible crée une petite dette mentale que l’on aura envie de régler plus tard. À mesure que les capacités s’accumulent, les possibilités de mouvement deviennent beaucoup plus importantes et ouvrent naturellement de nouvelles voies.

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Il faut compter un peu moins d’une dizaine d’heures pour atteindre la fin en prenant le temps d’explorer correctement, même si cette durée varie naturellement selon le niveau de difficulté choisi et l’intérêt porté aux secrets. Cela représente pratiquement le double de l’aventure proposée par son prédécesseur et correspond plutôt bien à la nouvelle ampleur du monde. Aggelos 2 évite ainsi le remplissage excessif de certains Metroidvania modernes : il est suffisamment long pour que l’acquisition des capacités ait du sens, mais assez compact pour conserver un rythme soutenu.

La bande-son risque davantage de diviser. Les compositions adoptent des sonorités chiptune et une identité fortement associée aux consoles 16-bit, mais les boucles relativement courtes peuvent devenir répétitives au fil des longues séances d’exploration. Certaines pistes accompagnent efficacement l’action et renforcent le caractère rétro de l’ensemble. D’autres peinent à laisser une véritable empreinte et peuvent finir par fatiguer à force de répétition. C’est probablement ici que l’hommage aux contraintes du passé paraît le moins nécessaire : une réalisation graphique volontairement rétro conserve tout son charme, mais une musique répétée pendant plusieurs dizaines de minutes rappelle pourquoi certaines limitations techniques ont parfois intérêt à rester dans le passé.

C’est d’ailleurs le paradoxe principal d’Aggelos 2. Sa réalisation est soignée, son gameplay fonctionne remarquablement bien et son level design maîtrise les mécanismes du Metroidvania, mais son univers peine parfois à imposer une identité aussi forte que ses mécaniques. Les références à Wonder Boy, Zelda II, Mega Man et aux grandes productions 16-bit sont perceptibles jusque dans son ADN. Heureusement, Aggelos 2 ne se contente pas d’imiter ses modèles. Les deux royaumes, les formes angélique et démoniaque et surtout le système de polarité lui permettent de construire une formule suffisamment personnelle sur le plan ludique. C’est davantage son habillage que son gameplay qui peine à s’affranchir complètement de ses influences.

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Aggelos 2 réussit donc là où une suite doit réussir : il reprend les qualités de son prédécesseur et développe considérablement sa formule sans perdre ce qui faisait son charme. L’aventure est plus grande, les déplacements plus variés et les affrontements bien plus intéressants grâce au passage permanent entre lumière et ténèbres. Sa carte trop rudimentaire, une utilisation parfois déséquilibrée des deux formes, quelques imperfections dans les textes français et une bande-son répétitive l’empêchent toutefois d’atteindre une maîtrise totale. Ses boss obligent réellement à apprendre ses mécaniques, son monde exploite intelligemment les capacités acquises et sa conception évite suffisamment de lourdeurs rétro pour rester parfaitement pertinente en 2026. Son identité artistique manque encore de personnalité pour rejoindre les références absolues du genre mais lorsqu’il s’agit simplement de jouer, explorer et combattre, Aggelos 2 ne rate presque jamais sa cible.

 



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