Interview : Stefan Riesser (The G-Lab) : « La durabilité n'est pas un argument marketing, c'est une contrainte de conception »

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À l’occasion des dix ans de The G-Lab, nous avons eu l’opportunité d’échanger avec Stefan Riesser, fondateur de la marque française spécialisée dans les périphériques gaming. Positionnement prix, innovation, durabilité, réparabilité, internationalisation : cette interview revient sur les choix stratégiques d’une entreprise qui cherche à proposer des produits performants sans faire payer aux joueurs le poids du marketing ou des structures trop lourdes.

Interview : Stefan Riesser (The G-Lab) : « La durabilité n'est pas un argument marketing, c'est une contrainte de conception »

Vous affirmez que les joueurs ne veulent plus payer le « marketing » des grandes marques. Quel est selon vous le principal élément de coût inutile dans l'industrie du périphérique gaming aujourd'hui ?

À mon sens, ce ne sont pas les produits qui coûtent le plus cher, mais tout ce qu’il y a autour. Certaines marques supportent des structures très lourdes, beaucoup d’intermédiaires et des budgets marketing ou sponsoring importants.

Chez The G-Lab, nous essayons de rester simples et efficaces. Nos circuits de décision sont courts, nous allons vite, et cela nous permet d’investir davantage dans le produit plutôt que dans les frais de structure. C’est aussi ce qui nous aide à proposer un meilleur rapport qualité-prix aux joueurs.

Vous êtes numéro 1 en volume mais seulement numéro 2 en valeur. Dans combien de temps pensez-vous pouvoir devenir également numéro 1 en valeur, et quels sacrifices faudrait-il accepter pour y parvenir ?

Je ne pense pas qu’il faille faire des sacrifices ou courir après un classement. Notre priorité reste de proposer de bons produits au bon prix et de continuer à innover. Si nous faisons bien notre travail, la suite viendra naturellement.

Nous avons d’ailleurs de nombreux développements en cours qui vont continuer à faire évoluer notre offre dans les mois à venir.

Quelles erreurs commettent actuellement les grandes marques gaming historiques que The G-Lab exploite à son avantage ?

Je ne parlerais pas d'erreurs de leur part — nos concurrents sont sérieux et méritent leur position. Ce qui fait notre différence, c'est que nous proposons des produits qu'eux ne proposent pas, avec un équilibre et un rapport qualité-prix qui reste difficile à égaler à nos niveaux de prix.

Quand vous développez un nouveau clavier, quelle est la fonctionnalité la plus difficile à arbitrer entre coût, qualité et attentes des joueurs ?

Je ne pense pas qu’il y ait une fonctionnalité plus difficile qu’une autre. Tout dépend du produit que l’on cherche à concevoir et du joueur auquel il s’adresse.

Nous proposons aujourd’hui des claviers allant d’une vingtaine d’euros à plus de 150 €. Les attentes ne sont évidemment pas les mêmes entre un joueur occasionnel et un utilisateur passionné qui recherche les technologies les plus récentes.

Notre travail consiste donc à trouver le bon équilibre entre fonctionnalités, qualité et prix pour chaque produit, afin que chacun puisse trouver le clavier qui correspond à ses besoins et à son budget.

Parmi toutes les technologies gaming apparues ces cinq dernières années (Hall Effect, 8K polling rate, Rapid Trigger, IA embarquée, etc.), laquelle est selon vous réellement utile et laquelle est principalement un argument marketing ?

Le Rapid Trigger est certainement l’une des innovations qui a le plus marqué le marché ces dernières années, notamment pour les joueurs compétitifs.

Après, je préfère ne pas opposer les technologies entre elles. Chaque innovation a son intérêt selon les usages et les attentes des joueurs. Notre rôle est surtout d’identifier celles qui apportent une réelle valeur d’usage et de les rendre accessibles au plus grand nombre.

Les switches magnétiques sont aujourd'hui à la mode. Pensez-vous qu'ils représenteront la norme dans cinq ans ou qu'il s'agit d'un cycle technologique temporaire ?

Ce n'est pas nous qui allons en décider — c'est le marché. Le passage du membrane au mécanique nous a appris qu'une technologie peut s'imposer progressivement tout en laissant coexister l'ancienne, qui continue de répondre à une demande spécifique. Il est encore trop tôt pour affirmer que le magnétique sera adopté par la majorité du marché. Ce qui est certain, c'est qu'il répond à une demande réelle chez les joueurs les plus exigeants.

Quel est aujourd'hui le principal frein qui empêche une marque française de rivaliser mondialement avec les géants américains ou asiatiques du hardware gaming ?

Je ne pense pas qu'il s'agisse d'un frein structurellement français. Nos concurrents sont simplement présents depuis plus longtemps que nous. The G-Lab fête ses dix ans cette année — nous avons une histoire plus courte, mais une trajectoire très solide. Et pour la première fois, nous serons exposants au CES de Las Vegas, et présents dans plusieurs salons mondiaux en 2027 : c'est une étape importante dans notre internationalisation.

Existe-t-il des étapes de conception, de R&D ou de validation que vous aimeriez rapatrier davantage en France si les conditions économiques le permettaient ?

Nous avons déjà fait ce choix. L'intégralité de notre équipe de conception et de développement produit est basée en France — 100 % des salariés impliqués dans le développement G-Lab travaillent depuis la France. C'est une décision structurante et un vrai point de différenciation.

Vous mettez en avant la batterie amovible de la Kult Elite M150. Quels autres choix de conception avez-vous dû abandonner parce qu'ils auraient réduit artificiellement la durée de vie du produit ?

La batterie amovible n'est pas un choix anodin — c'est une position. Nous aurions pu intégrer une batterie scellée, plus compacte, moins chère à assembler. Nous ne l'avons pas fait parce que ça aurait programmé l'obsolescence du produit. Dans le même esprit, nous avons refusé de verrouiller les mises à jour firmware sur les anciennes références, et nous privilégions des composants standard plutôt que des pièces propriétaires difficiles à remplacer. La durabilité n'est pas un argument marketing chez nous — c'est une contrainte de conception assumée dès le début du projet.

Pensez-vous qu'un jour les fabricants de périphériques gaming seront contraints d'afficher un indice de réparabilité aussi clairement que les fabricants de smartphones ?

C'est inévitable, et franchement, nous l'appelons de nos voeux. La réglementation européenne va dans ce sens, et les joueurs sont de plus en plus sensibles à ces sujets. Une marque qui construit ses produits pour durer n'a rien à craindre d'un indice de réparabilité. Au contraire, c'est une opportunité de différenciation pour ceux qui ont fait les bons choix de conception en amont.

Grâce aux retours clients et au SAV, quelle est la plus grande différence entre ce que les joueurs pensent vouloir et ce qu'ils utilisent réellement au quotidien ?

Je me méfie un peu des généralités sur “les joueurs”. Les attentes sont extrêmement variées d’un utilisateur à l’autre.

Les retours clients nous montrent surtout qu’il n’existe pas de solution unique. Certains privilégient la performance pure, d’autres le confort, la personnalisation ou simplement un produit fiable qui répond à leurs besoins.

Notre travail consiste justement à comprendre cette diversité d’usages afin de proposer des produits adaptés à chaque profil de joueur.

Si vous deviez supprimer demain une fonctionnalité devenue standard sur les claviers gaming parce qu'elle n'apporte finalement pas grand-chose aux joueurs, laquelle choisiriez-vous ?

Je ne suis pas certain qu’il faille supprimer une fonctionnalité en particulier. Les usages sont trop différents d’un joueur à l’autre pour tirer ce genre de conclusion.

Ce qui compte pour nous, c’est que chaque fonctionnalité ait du sens dans le produit et pour le public visé. Une option très appréciée par certains utilisateurs peut être totalement inutile pour d’autres, sans que cela remette en cause sa pertinence.

Quel produit The G-Lab n'a jamais lancé mais que vous regrettez encore aujourd'hui ?

Je ne parlerais pas de regret. En dix ans, il y a forcément eu beaucoup d’idées, de concepts et de projets qui n’ont pas vu le jour, souvent parce que le contexte n’était pas le bon ou que les priorités étaient ailleurs.

Avec le recul, certains pourraient probablement être reconsidérés aujourd’hui, mais c’est aussi ce qui fait la vie d’une marque : faire des choix, concentrer ses ressources et avancer sur les projets qui ont le plus de sens à un instant donné.

Quel sera selon vous le prochain grand bouleversement du hardware gaming après les claviers magnétiques ?

L’industrie explore actuellement de nombreuses pistes, qu’il s’agisse d’intelligence artificielle, de nouveaux capteurs, de personnalisation avancée ou d’intégrations logicielles plus poussées.

Cependant l’expérience montre que ce sont les usages réels des joueurs qui font naitre les nouvelles technologie.

Interview : Stefan Riesser (The G-Lab) : « La durabilité n'est pas un argument marketing, c'est une contrainte de conception »

À travers cet échange, Stefan Riesser dessine la vision d’une marque qui avance avec pragmatisme : innover sans céder aux effets de mode, rester accessible sans sacrifier la qualité, et intégrer la durabilité dès la conception des produits. Alors que The G-Lab poursuit son développement international et s’apprête à renforcer sa présence sur les grands salons mondiaux, la marque entend défendre une approche claire : écouter les usages réels des joueurs et leur proposer des périphériques pensés pour durer.

 



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