[Test] Myst PS5
Il y a quelque chose de presque anachronique dans le fait de lancer aujourd’hui Myst sur PS5. À une époque où le jeu vidéo est souvent obsédé par la vitesse, la surenchère visuelle et les cartes tentaculaires, Myst continue de fasciner, avec cette étrange tranquillité qui le caractérisait déjà en 1993. Car avant d’être un jeu culte, Myst fut surtout un phénomène culturel. À l’époque, il fascinait autant qu’il agaçait d’ailleurs... Certains y voyaient une révolution contemplative ; d’autres un labyrinthe opaque réservé à une élite patiente d’initiés.
Cette version PS5 n’est pas un simple portage paresseux. Il s’agit du remake moderne sorti initialement en 2021, désormais adapté à l’écosystème PlayStation avec support PS VR2, améliorations PS5 Pro et diverses optimisations techniques. Le jeu conserve cependant son ADN intact : une aventure à la première personne, presque sans interface, où l’on explore une île mystérieuse remplie de mécanismes bizarres, de livres étranges et de machines incompréhensibles. Myst ne raconte jamais son histoire frontalement. Il faut la reconstruire par fragments, en observant l’environnement, en lisant quelques pages abandonnées et en comprenant progressivement les rapports entre des personnages invisibles qui hantent les lieux.
C’est précisément ce qui continue de rendre le jeu fascinant aujourd’hui. Myst a toujours refusé de prendre le joueur par la main. Il ne cherche jamais à séduire immédiatement. Dès les premières minutes, j’ai ressenti cette impression rare d’être seule dans un endroit mystérieux. Les mécanismes fonctionnent déjà, les bâtiments racontent un passé ancien, et les énigmes ne sont pas conçues comme des mini-jeux artificiels mais comme des éléments organiques de cet univers. Ca me fait penser à l’ile de la série Lost d’une certaine manière…
Forcément, le jeu accuse aussi son âge conceptuel. Depuis trente ans, toute une génération de jeux d’aventure narratifs s’est construite sur les ruines de Myst. Là où la plupart des productions modernes cherchent constamment à récompenser le joueur, Myst reste froid, distant, parfois même volontairement frustrant.
Et c’est là que se situe probablement la principale barrière d’entrée. Certaines énigmes demeurent obscures selon les standards modernes. Le jeu repose énormément sur l’observation et la prise de notes. Il faut regarder les détails, mémoriser des sons, interpréter des symboles ou comprendre des logiques mécaniques. Personnellement, j’ai adoré cette sensation d’enquête intellectuelle pure, cette impression de réellement réfléchir au lieu de suivre des objectifs balisés. Mais je comprends aussi parfaitement pourquoi certains joueurs décrochent rapidement.
La progression possède néanmoins une cohérence remarquable. Chaque zone fonctionne comme une extension logique de l’univers. Les fameux “Âges” reliés par les livres transportent le joueur vers des environnements radicalement différents, chacun reposant sur sa propre logique architecturale et sonore. C’est d’ailleurs là que Myst conserve une force que beaucoup de jeux modernes ont perdue : la capacité à créer des lieux mémorables sans dépendre d’une avalanche de dialogues ou de cinématiques.
Le remake apporte heureusement un confort moderne bienvenu. Les déplacements sont fluides, la navigation est bien plus naturelle que dans les versions historiques, et l’interface reste discrète. La possibilité d’utiliser des indices graduels rend également l’expérience plus accessible sans totalement trahir la philosophie originale.
Techniquement, cette version PS5 est solide. Le remake bénéficie d’un vrai travail de modernisation graphique. Les environnements affichent un niveau de détail convaincant, notamment dans les textures métalliques, les jeux de lumière et les effets atmosphériques. Sur PS5, le jeu tourne avec une stabilité appréciable et les temps de chargement restent très courts. J’ai relevé quelques rares transitions un peu abruptes mais rien de réellement problématique.
Le travail sur l’ambiance sonore demeure exceptionnel. On entend le vent, le grondement des machines, des craquements lointains ou le bruit de l’eau. Cette approche crée une tension permanente presque hypnotique. Quand la musique apparaît enfin, elle semble toujours avoir une fonction dramatique précise. Même aujourd’hui, peu de jeux maîtrisent aussi bien cette économie sonore.
Le support PS VR2 mérite également d’être mentionné. Myst semble presque naturellement pensé pour la réalité virtuelle. Le sentiment d’échelle des bâtiments, la matérialité des mécanismes et l’impression de solitude deviennent encore plus fortes. En VR, certaines énigmes gagnent une présence physique fascinante. On manipule les objets avec davantage d’attention, et l’immersion fonctionne remarquablement bien. En revanche, les déplacements peuvent provoquer un léger inconfort chez certains joueurs sensibles. Dommage…
Ce que j’apprécie surtout dans Myst aujourd’hui, c’est sa confiance absolue dans l’intelligence du joueur. Toute la satisfaction vient uniquement de la compréhension du monde. Résoudre une énigme procure donc un sentiment extrêmement gratifiant parce qu’il découle d’une véritable réflexion personnelle.
Mais cette philosophie a aussi ses limites. La narration reste volontairement discrète et certains joueurs pourront trouver les personnages trop abstraits ou peu incarnés. De même, l’absence de rythme peut devenir monotone sur de longues sessions. Myst fonctionne mieux lorsqu’on l’aborde par petites séquences plutôt que comme un jeu à “enchaîner”.
Concernant la durée de vie, tout dépend énormément du joueur. Une première partie peut durer entre huit et quinze heures selon votre familiarité avec les jeux d’énigmes. Les joueurs qui refusent toute aide peuvent facilement dépasser cette estimation. La rejouabilité reste limitée une fois les solutions connues, même si revisiter certains Âges conserve un vrai plaisir contemplatif.
Myst propose une expérience que presque aucun autre jeu contemporain n’offre réellement. Myst continue de fasciner parce qu’il représente une autre manière de concevoir le jeu vidéo.
Sur PS5, Myst retrouve finalement une place qui lui convient très bien : celle d’une œuvre patrimoniale modernisée avec respect. Ce n’est pas un jeu pour tout le monde, et il ne cherche jamais à l’être. Mais pour les joueurs capables d’accepter sa lenteur, ses silences et ses exigences intellectuelles, il conserve encore aujourd’hui une puissance d’évocation remarquable.
Article rédigé par Mlle_Krikri
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