[Test] The End of the Sun
Je vais être directe : The End of the Sun n’est pas un jeu qui cherche à séduire tout le monde, et c’est précisément ce qui fait sa singularité. Testé sur PS5, il s’impose comme une œuvre contemplative (c’est moi où c’est la mode du moment ?), presque exigeante, qui assume un rythme lent et une narration éclatée. Une proposition à contre-courant, qui mérite qu’on s’y attarde.
Dès les premières minutes, je comprends que The End of the Sun s’inscrit dans une tradition bien précise : celle des expériences narratives à la première personne, dans la lignée de titres comme Firewatch ou What Remains of Edith Finch. Le studio polonais derrière le jeu, The End of the Sun Team, s’est appuyé sur un financement participatif réussi dès 2019, avec une ambition claire : explorer la mythologie slave à travers une expérience immersive et non violente. Une idée audacieuse, dans un paysage vidéoludique souvent dominé par des mécaniques de gameplay bien plus spectaculaires.
Ce contexte est essentiel pour comprendre le projet. Le jeu n’a pas les moyens d’un blockbuster, et il ne cherche jamais à le masquer. Au contraire, il revendique une forme d’artisanat vidéoludique. Le développement s’est notamment appuyé sur de véritables reconstructions de villages slaves scannés. Ce souci du détail historique et culturel donne immédiatement une identité forte à l’ensemble.
L’histoire, elle, m’a demandé un véritable effort d’attention. On incarne un prêtre capable de voyager dans le temps, appelé dans un village mystérieux où les habitants ont disparu. Très vite, le jeu abandonne toute narration linéaire : les événements se dévoilent à travers différentes époques, que l’on explore librement. Chaque interaction, chaque objet, chaque lieu devient un fragment de récit. Il ne s’agit pas de suivre une intrigue, mais de la reconstituer. Ce n’est pas nouveau mais cela reste suffisamment bien réalisé pour susciter l’intérêt et captiver le joueur.
J’ai été fascinée par cette construction éclatée, qui donne une vraie sensation d’enquête. Mais elle peut aussi désorienter. Il m’est arrivé de tourner en rond, de ne pas savoir si j’avais manqué un élément ou si le jeu me demandait simplement de réfléchir autrement. Cette absence de guidage ne plaira pas à tout le monde, mais objectivement cela fait partie du charme du titre, un peu de challenge ne fait pas de mal non plus, ici pas la peine de demander à Grok (lol) !
Face à la concurrence, The End of the Sun occupe une place assez singulière. On pourrait le rapprocher des “walking simulators”, mais ce serait réducteur. Là où Firewatch mise sur les dialogues et Edith Finch sur la mise en scène, ce jeu privilégie l’observation pure. Il n’y a pas de narration intrusive, pas de voix off pour expliquer ce que vous voyez. Tout repose sur votre capacité à interpréter.
C’est une approche plus proche, finalement, de jeux comme Outer Wilds dans son rapport au temps et à la découverte, même si les ambitions sont ici beaucoup plus modestes. Le jeu ne cherche pas à impressionner par ses mécaniques, mais par sa cohérence et sa profondeur du gameplay.
Sur le plan du gameplay, justement, il faut être clair : on est dans quelque chose de minimaliste. On se déplace, on observe, on interagit avec certains objets, et surtout, on active des “souvenirs” qui permettent de voir le passé d’un lieu. Ces séquences sont souvent très réussies visuellement, avec des personnages figés dans des instants de vie. J’ai apprécié cette mécanique, qui donne une vraie dimension presque archéologique à l’exploration. En revanche, j’ai parfois regretté un manque de variété. Les interactions restent limitées, et le jeu repose beaucoup sur la répétition de ses propres mécaniques. Cela peut créer une forme de lassitude, surtout sur la durée.
Le level design, lui, est cohérent mais peu spectaculaire. Le village est relativement compact, mais il évolue selon les époques. Ce changement constant apporte une certaine richesse.
Techniquement, sur PS5, le jeu s’en sort correctement, sans briller. Les décors scannés sont souvent très beaux, avec une attention remarquable portée aux textures et aux détails. On sent le travail documentaire derrière chaque cabane, chaque objet du quotidien. En revanche, les personnages sont plus rigides, presque figés dans une certaine étrangeté. Cela participe à l’ambiance, mais peut aussi créer une distance. Les animations sont limitées, et quelques petits bugs visuels viennent parfois rappeler les limites du budget. Bon après ce n’est pas pire que Skyrim ou le remake d’Oblivion. Côté performances : le jeu est globalement fluide, avec quelques rares chutes de framerate. Rien qui ne gâche réellement l’expérience, mais suffisamment perceptible pour être noté.
L’ambiance sonore, en revanche, est une vraie réussite. La musique s’appuie sur des inspirations folkloriques slaves, avec des instruments traditionnels et des compositions discrètes. Elle ne cherche jamais à s’imposer, mais accompagne parfaitement l’exploration. Les bruitages, eux, jouent un rôle essentiel. Le craquement du bois, le vent dans les arbres, les sons lointains… tout contribue à créer une atmosphère immersive. C’est un jeu qui se vit autant avec les oreilles qu’avec les yeux. C’est peut-être là que j’ai été le plus séduite. Malgré ses imperfections, le jeu parvient à installer une ambiance unique, presque mélancolique. Il y a quelque chose de profondément contemplatif dans cette exploration d’un monde disparu.
En termes de durée de vie, il faut compter une bonne dizaine d'heures selon votre rythme et votre capacité à résoudre les énigmes. Ce n’est pas un jeu très long, mais il ne cherche pas à l’être. La rejouabilité est limitée, même si certains éléments d’intrigue peuvent vous inciter à revisiter certaines zones.
La difficulté, elle, repose essentiellement sur la compréhension du système narratif. Il n’y a pas de challenge mécanique, mais un véritable défi d’interprétation. C’est un jeu qui demande de l’attention, de la patience, et une certaine curiosité.
Pour autant, ce n’est pas un jeu que je recommanderais à tout le monde. Si vous cherchez de l’action, du rythme, ou des mécaniques complexes, vous risquez d’être déçu. En revanche, si vous êtes sensible aux expériences narratives atypiques, il mérite clairement votre attention.
Au fond, The End of the Sun est un jeu sincère. Il ne triche jamais sur ce qu’il est. Il propose une vision, un univers, une manière de raconter différente. Et même si tout ne fonctionne pas, il a le mérite d’exister. Je ressors de cette expérience avec une vraie admiration pour son ambition et sa cohérence. C’est un jeu qui ne laisse pas indifférent, et c’est déjà beaucoup.
Article rédigé par Mlle_Krikri
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