[Test] Incantation

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[Test] Incantation

Il y a des jeux que l’on aborde avec curiosité. Incantation, dans sa version PS5, appartient clairement à cette catégorie. Adapté du film taïwanais du même nom sorti en 2022, il fait partie de ces expériences vidéoludiques d’horreur asiatique étonnantes.

Je me suis donc lancée dans cette adaptation avec une attente précise : retrouver cette atmosphère pesante et ce rapport au sacré profondément dérangeant qui faisait la force du long-métrage. Et très vite, une question s’est imposée : le jeu parvient-il à transcender son matériau d’origine ou se contente-t-il de l’imiter ?

L’histoire du jeu s’inscrit dans la continuité de l’univers du film. On y incarne une protagoniste confrontée à une malédiction liée à un culte ancien, inspiré de croyances folkloriques taïwanaises. Le récit se déploie progressivement, à travers des environnements clos, des fragments de mémoire et une narration volontairement éclatée. J’ai apprécié cette volonté de ne pas tout expliquer immédiatement. Le jeu prend le temps d’installer le malaise, en distillant des indices visuels et sonores plutôt que des dialogues explicatifs. Il vaut mieux d’ailleurs parce que la traduction reste approximative.

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Cependant, cette approche a ses limites. Certaines séquences s’étirent inutilement, et l’on ressent une forme de répétition dans les mécaniques narratives. Le mystère reste présent, mais il perd en intensité à mesure que l’on progresse.

L’exploration constitue le cœur de l’expérience : on avance lentement, on observe, on interagit avec des objets, on résout quelques énigmes simples. Rien de fondamentalement novateur, mais l’ensemble fonctionne suffisamment pour maintenir l’immersion.

Ce que j’ai apprécié, c’est cette lenteur assumée. Elle renforce la tension et oblige à s’imprégner des lieux. Même quand c’est forcé parce qu’on tourne en rond sans comprendre ce qu’on attend de nous… En revanche, j’ai été moins convaincue par le manque de variété. Les interactions restent limitées, et les énigmes manquent parfois d’inspiration ou à l’inverse de clarté. Mais la majorité du temps, on comprend rapidement les mécaniques, et le jeu ne cherche jamais vraiment à les complexifier.

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Le level design, quant à lui, oscille entre réussite et frustration. Certains espaces sont remarquablement construits, avec un sens du détail qui participe pleinement à l’ambiance. D’autres, en revanche, donnent une impression de vide ou de redondance. Il m’est arrivé de me perdre par manque de lisibilité. Je me suis demandé si le jeu n’avait pas été développé par deux équipes différentes.

Sur le plan technique, la version PS5 offre des performances globalement stables. Les temps de chargement sont courts, et la fluidité reste correcte dans la majorité des situations. Graphiquement, le jeu mise davantage sur l’atmosphère que sur la démonstration technique. Les textures sont parfois inégales, voire très moches (de près) mais l’éclairage et les effets de lumière compensent largement ces faiblesses. J’ai particulièrement apprécié le travail sur les ombres et les contrastes. Ils participent à créer une sensation d’oppression constante. En revanche, quelques bugs mineurs viennent ponctuer l’expérience : objets qui disparaissent, interactions capricieuses, ou encore animations un peu rigides. Rien de rédhibitoire, mais suffisamment présent pour rompre ponctuellement l’immersion.

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C’est toutefois sur le plan sonore que le jeu se distingue le plus. La bande-son joue un rôle central dans la construction de la peur. Bruits lointains, murmures, silences pesants : tout est pensé pour maintenir une tension permanente. J’ai souvent ressenti cette inquiétude diffuse, cette impression que quelque chose allait survenir sans jamais savoir quand. Les bruitages sont également très réussis. Chaque pas, chaque porte qui grince, chaque souffle contribue à renforcer l’atmosphère. En revanche, la musique, bien que discrète, manque parfois de variété. Elle accompagne efficacement l’action, mais ne laisse pas de véritable empreinte mémorable.

En termes de durée de vie, Incantation propose une expérience relativement courte. Comptez entre 6 et 8 heures pour en voir le bout, selon votre rythme d’exploration. Ce choix peut se comprendre, au regard de la nature du jeu, mais il limite forcément la profondeur de l’expérience.

La rejouabilité est également assez faible. Une fois l’histoire connue et les mécaniques assimilées, il y a peu d’intérêt à relancer une partie. Le jeu ne propose ni embranchements narratifs significatifs, ni variations de gameplay suffisantes pour renouveler l’expérience.

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La difficulté, quant à elle, reste accessible. Les énigmes ne posent pas de véritable défi, et les phases de tension reposent davantage sur l’ambiance que sur la maîtrise du joueur. Cela peut séduire un public large, mais frustrer ceux qui recherchent une expérience plus exigeante.

Si l’on cherche une expérience d’horreur immersive, portée par une ambiance forte et une direction artistique cohérente, Incantation remplit en grande partie son contrat. En revanche, si l’on attend un gameplay riche et innovant, le jeu risque de laisser un goût d’inachevé.

Personnellement, je suis restée partagée. J’ai été séduite par l’univers, par cette plongée dans un imaginaire rarement exploré dans le jeu vidéo. Mais j’ai aussi ressenti une forme de frustration face au potentiel inexploité. Le jeu pose des bases intéressantes, sans jamais aller au bout de ses idées. Peut-être est-ce l’effet Resident Evil Requiem ?

[Test] Incantation

En conclusion, Incantation sur PS5 est une expérience singulière, imparfaite certes mais intrigante. Il s’adresse avant tout aux amateurs d’horreur oppressante, prêts à accepter ses limites pour profiter de ses qualités. Ce n’est pas un jeu marquant au sens strict, mais il témoigne d’une volonté d’explorer de nouvelles voies dans le genre.

Et c’est peut-être là sa véritable réussite : ouvrir une porte, même timidement, vers une autre manière de faire peur.

Article rédigé par Mlle_Krikri

 



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