[Test] Kingdom Come : Deliverance - Next Gen

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[Test] Kingdom Come : Deliverance - Next Gen

Lorsque Kingdom Come: Deliverance est sorti en février 2018, j’avais été frappée par son ambition presque anachronique. À rebours d’une production AAA saturée de fantasy spectaculaire, le jeu revendiquait un réalisme historique strict, situé en Bohême au début du XVe siècle, en pleine crise successorale du Saint-Empire. Le pari était audacieux : pas de dragons, pas de magie, pas de héros prédestiné. Seulement la boue, la faim, la violence sociale et une Europe centrale déchirée par les luttes de pouvoir entre Venceslas IV et Sigismond de Luxembourg — éléments attestés par les sources historiques de l’époque, notamment les chroniques de la crise bohémienne de 1403.

À sa sortie, le jeu s’était écoulé à plus d’un million d’exemplaires en moins de deux semaines, puis à plus de cinq millions d’unités cumulées quelques années plus tard. Un succès commercial malgré des débuts techniques chaotiques. La version dite « Next Gen » sur PlayStation 5, publiée en 2023 sous la forme d’une mise à jour gratuite pour les possesseurs du jeu, propose une résolution accrue (jusqu’à 4K en mode qualité), un 60 images par seconde en mode performance, et une amélioration des temps de chargement grâce au SSD.

Cette nouvelle mouture m’a donné l’occasion de replonger dans cette fresque médiévale avec un regard plus apaisé, presque réconcilié.

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L’histoire, je la connaissais déjà, mais elle conserve sa force. Nous incarnons Henry, fils de forgeron dans le village de Skalitz, dont la vie bascule lors d’un raid des troupes de Sigismond. Le point de départ est simple, presque banal : un jeune homme sans compétence particulière, confronté brutalement à la guerre. Le scénario s’inspire d’événements historiques documentés — l’invasion de la Bohême par les forces hongroises en 1403 — mais adopte une perspective intime. J’ai toujours apprécié cette retenue narrative. Henry n’est ni élu ni prophète. Il apprend à lire, à manier l’épée, à se comporter en société. Le jeu assume une progression lente, cohérente avec son cadre.

Face à la concurrence, Kingdom Come occupe une place singulière. Là où The Witcher 3: Wild Hunt magnifie un univers fantasy sombre, ou The Elder Scrolls V: Skyrim privilégie la liberté quasi mythologique, le titre revendique une rigueur historique presque universitaire. Les développeurs ont collaboré avec des historiens et des spécialistes de l’architecture médiévale pour modéliser les villes, les armures, les structures sociales. Cela se ressent. Les villages ne sont pas des décors interchangeables : ils obéissent à une logique économique, agricole, religieuse. Cette densité documentaire constitue l’une des grandes forces du titre, mais elle en est aussi la limite. L’absence de spectaculaire peut désarçonner un public habitué à une gratification immédiate. C’est réaliste quoi… c’est le moyen-âge qui pue… et quand tu te prends un coup d'épée dans la gueule, tu meurs…

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Le gameplay demeure, à mes yeux, l’aspect le plus clivant. Le système de combat en vue à la première personne repose sur une mécanique directionnelle : il faut choisir l’angle d’attaque, gérer l’endurance, anticiper la riposte. Les duels sont exigeants, parfois frustrants. Sur PS5, la fluidité accrue à 60 images par seconde améliore nettement la lisibilité des affrontements. J’ai ressenti moins de latence, moins de heurts dans les enchaînements. Pourtant, la rigidité du système demeure. Les combats à plusieurs adversaires restent confus, presque punitifs. On comprend l’intention réaliste — un paysan encerclé ne triomphe pas héroïquement — mais l’expérience peut décourager. On va se le dire, il est encore plus exigeant que son succésseur.

En revanche, j’ai retrouvé avec plaisir la logique d’apprentissage organique. Henry ne sait pas lire ? Il faut suivre des leçons et décrypter des textes progressivement plus compréhensibles. Il manie mal l’épée ? L’entraînement auprès d’un maître d’armes améliore réellement ses compétences. Cette progression diégétique, inscrite dans le monde, me paraît plus satisfaisante qu’un simple arbre de talents abstrait. Le level design, largement ouvert, favorise l’exploration à cheval. Les forêts, les clairières, les chemins boueux composent un espace crédible, presque tactile. Sur PS5, les temps de chargement réduits rendent ces déplacements plus fluides, ce qui atténue l’impression de lourdeur ressentie à l’époque sur consoles de génération précédente.

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Graphiquement, la mise à jour « Next Gen » ne transforme pas le jeu en vitrine technologique de 2023, mais elle en affine les contours. Les textures gagnent en netteté, l’éclairage bénéficie d’un contraste plus naturel. La campagne bohémienne, déjà réussie en 2018, paraît plus stable, moins sujette aux scintillements. J’ai observé très peu de bugs majeurs lors de ma session sur PS5, là où la version initiale était tristement célèbre pour ses problèmes techniques : PNJ figés, quêtes bloquées, animations erratiques. Le travail de correctifs accumulé au fil des années porte ses fruits. On ne peut pas parler de perfection, mais d’une version enfin aboutie.

L’ambiance sonore reste l’un des points forts. La bande originale, alterne pièces orchestrales sobres et silences prolongés. J’aime cette retenue. La musique n’envahit pas l’espace ; elle accompagne. Les bruitages — hennissements, cliquetis d’armure, craquement du bois — participent à l’immersion. En revanche, certaines performances vocales secondaires manquent de nuance, et les répétitions de lignes de dialogue dans les villages rappellent les limites budgétaires d’un studio indépendant.

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La durée de vie est conséquente. Comptez environ 40 à 50 heures pour la trame principale, davantage si l’on s’attarde sur les quêtes secondaires, souvent bien écrites. Cela n’a pas changé. Certaines intrigues annexes abordent la religion, la justice seigneuriale, la misère paysanne avec une finesse rare. La difficulté est réelle, surtout en début de partie. J’ai parfois ressenti une forme d’injustice, mais elle s’inscrit dans la cohérence du propos : survivre au Moyen Âge n’est pas confortable. La rejouabilité, en revanche, reste modérée. Les embranchements narratifs existent, mais ne bouleversent pas radicalement l’issue globale. ET honnêtement, on est tellement fier d’arriver à la fin…

Reste la question du rapport qualité-prix. La mise à jour PS5 étant gratuite pour les possesseurs du jeu, l’intérêt est évident. Pour un nouvel acquéreur, le titre est aujourd’hui proposé à un tarif bien inférieur à celui d’un jeu AAA récent. Au regard de la densité du contenu, de la qualité d’écriture et du soin historique, l’investissement me paraît justifié, à condition d’accepter ses aspérités. Kingdom Come ne cherche pas à séduire tout le monde. Il exige patience et implication.

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En définitive, cette version « Next Gen » ne révolutionne pas l’expérience, mais elle l’achève. Elle donne à voir ce que le projet ambitionnait dès l’origine : une immersion crédible dans la Bohême médiévale, sans fioriture fantastique. J’y ai retrouvé ce qui m’avait marquée : une honnêteté presque austère, une confiance dans l’intelligence du joueur. J’y ai aussi retrouvé ses limites : une raideur mécanique, une certaine intransigeance.

Est-ce que le jeu vaut le détour sur PS5 ? Oui, si l’on accepte qu’il ne flattera ni les réflexes ni le goût du spectaculaire. Non, si l’on cherche une épopée héroïque immédiate. Pour ma part, j’y vois une œuvre imparfaite mais cohérente, dont la singularité mérite d’être saluée. Dans un paysage vidéoludique souvent formaté, cette fidélité au réel, même rugueuse, demeure précieuse.

Article rédigé par Mlle_Krikri

 



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