[Test] Fighting Force Collection
Avec Fighting Force Collection, l’objectif est clair : remettre en circulation, sans les dénaturer, deux titres PlayStation 1 de la fin des années 90, Fighting Force et Fighting Force 2, dans un emballage compatible avec les usages actuels. La compilation est proposée en téléchargement sur consoles modernes et PC, et elle s’inscrit dans la vague récente de ressorties "patrimoniales" qui privilégient la fidélité du matériau d’origine plutôt qu’un remake. Sur le papier, la promesse est simple : retrouver l’expérience brute d’époque, tout en gommant les aspérités pratiques qui rendaient ces jeux plus pénibles à revisiter aujourd’hui qu’à l’époque.
Le premier Fighting Force reste le cœur du package, pas uniquement parce qu'ils s'agit d'un de mes tout premiers jeux PS1 - avec Spyro, Time Crisis et Rayman - mais parce qu’il assume pleinement sa nature de beat’em up "3D" encore en phase de recherche. On y choisit l’un des quatre personnages jouables, et on progresse dans une série de zones découpées en étapes, avec un objectif généralement limpide : nettoyer, avancer, recommencer, jusqu’au boss et au générique. La spécificité du jeu, c’est cette envie permanente de transformer l’environnement en caisse à outils improvisée : objets à ramasser, armes à feu occasionnelles, projectiles, tout ce qui traîne devient un moyen d’écourter une baston. Le plaisir immédiat vient de là, de cette lecture très physique des décors et de la satisfaction d’alterner coups de poing, projections et "armes de fortune", surtout quand on joue en coopération locale. La structure à l’ancienne, très arcade dans l’esprit, donne un rythme efficace : on comprend vite quoi faire, et l’on retrouve ce côté "film d’action en polygones" où l’important est moins la finesse que l’énergie brute.
Cette énergie se heurte toutefois à ce que la compilation ne peut pas réécrire : les limites de game design et d’ergonomie d’un beat’em up 3D de 1997. La sensation de lourdeur est réelle, non pas parce que le jeu rame, mais parce que l’animation et les transitions donnent parfois l’impression de conduire un personnage avec un temps de réponse élastique. Les déplacements, les angles d’attaque et certaines collisions peuvent produire des moments où l’on sait exactement ce qu’on veut faire, mais où le jeu ne l’exécute pas avec la netteté attendue en 2026. Le système de combat, riche en apparence grâce aux "dizaines de coups", reste en pratique assez peu expressif : on tourne vite autour de quelques enchaînements et d’une gestion opportuniste des armes ramassées. Cela ne rend pas le jeu injouable, mais ça repositionne le plaisir : on n’est pas dans la précision chirurgicale d’un brawler moderne, plutôt dans une bagarre de rue un peu brouillonne où l’on accepte une part de maladresse comme composante de l’expérience.
Fighting Force 2, lui, change nettement de ton et de structure. Là où le premier est un beat’em up "pur jus", le second tente une formule plus hybride, davantage centrée sur une infiltration et une action en couloirs, avec une mise en scène et une progression qui évoquent la fin des années 90 : complexes de recherche et développement, intrigue de conspiration et techno-paranoïa, et surtout un rythme moins "salle à nettoyer", plus "zone à traverser". L’idée n’est pas inintéressante, mais elle met en évidence deux faiblesses typiques de cette période : une caméra et une lecture de l’espace qui peuvent agacer, et un maniement qui demande de la tolérance. Les affrontements restent présents, les armes aussi, mais la dynamique est moins "bac à sable de bagarre" et plus "progression sous contrainte", ce qui rend les maladresses de contrôle plus visibles. Dans la compilation, c’est le jeu qui divisera le plus : non pas parce qu’il manque de personnalité, mais parce que son ambition de mélanger des inspirations se paie par une exécution souvent raide et parfois frustrante dans les situations où l’on voudrait juste une action lisible et immédiate.
Là où la collection marque des points de façon très concrète, c’est sur tout ce qui entoure l’exécution technique et la "jouabilité moderne" appliquée à des jeux anciens. Le travail est assuré par Implicit Conversions, dont l’approche sur ce type de ressorties consiste justement à ajouter des garde-fous confortables sans toucher au code d’origine au point de le réinventer. On retrouve ainsi des sauvegardes à la volée et une fonction de rembobinage temporel, qui changent radicalement la manière d’aborder un passage pénible : au lieu de subir une erreur et de recommencer une section, on corrige et on apprend immédiatement. Ces outils ne "réparent" pas le design, mais ils réduisent la friction et permettent de profiter des jeux pour ce qu’ils sont, surtout quand on découvre la série aujourd’hui. La compilation propose aussi des options d’affichage et des filtres pensés pour adoucir le rendu PlayStation 1 sur écrans modernes, ce qui n’embellit pas magiquement les polygones, mais peut rendre l’image plus cohérente, moins agressive, et surtout plus agréable sur la durée.
Sur PlayStation, la présence d’une liste de trophées renforce ce côté "revisite structurée", avec des objectifs qui encouragent à explorer les systèmes, optimiser un score ou finir dans certaines conditions. Ce n’est pas indispensable au plaisir, mais ça donne un fil conducteur et une valeur de rejouabilité supplémentaire à des titres qui, autrement, peuvent sembler courts ou répétitifs une fois l’effet de nouveauté passé. Pour la petite anecdote, sachez que les codes que l’on trouvait à l’époque dans les magazines fonctionnent encore dans le jeu, du moins dans le premier opus. J’ai débloqué par exemple en deux minutes le trophée demandant de terminer le jeu en mode difficile en usant du code d’invincibilité et de choix du niveau.
Il faut cependant être lucide sur ce que Fighting Force Collection est — et ce qu’il n’est pas. Ce n’est pas une réhabilitation par le gameplay, ni une réinterprétation modernisée à la manière d’un remaster ambitieux : on reste sur des jeux avec leur inertie, leur caméra, leurs choix de rythme, et leur rugosité d’époque. La compilation fait plutôt le pari de la conservation jouable : elle stabilise l’expérience, l’équipe d’options utiles, et la rend accessible sur des machines actuelles, sans travestir les fondations. Dans ce cadre-là, le contrat est bien tenu : performances stables, temps de chargement peu intrusifs, et une couche de confort qui diminue fortement la pénibilité potentielle d’un retour aux années 90.
Au final, la valeur de cette collection dépend surtout de ce que l’on vient y chercher. Pour qui aime les beat’em up rétro, la coopération locale, et ce charme très spécifique des productions PlayStation 1 où l’action 3D tâtonne encore, Fighting Force peut rester étonnamment divertissant grâce à son côté destructeur, son arsenal et son rythme "bagarre immédiate". Fighting Force 2, plus expérimental, séduira davantage par curiosité historique que par confort de jeu. Et si l’on veut juger la compilation comme un objet de "retrogaming pratique", elle s’en sort bien : elle met ces deux jeux à portée de main, avec des outils modernes qui permettent de les apprécier sans subir tout ce que le temps leur a rendu plus difficile.
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