Freemium, le début de la fin des jeux vidéo classiques ?

17 Mai 2016 Publié dans #Divers

Freemium, le début de la fin des jeux vidéo classiques ?

Le concept Freemium a envahi les smartphones depuis plusieurs années et connaît un succès planétaire florissant et sans cesse croissant. Pourtant, les polémiques sur ces jeux soi-disant gratuits, mais couvrant de nombreux micro-frais additionnels pour améliorer la qualité ou la durée de vie du jeu n’ont cessé de naître au cours des derniers mois. Ces jeux se rapprochent ainsi des sites de jeux en ligne permettant de jouer gratuitement au poker, mais également avec de l’argent réel si vous le souhaitez. Surtout, ce concept tend à remettre en question celui du jeu sur plate-forme avec unique achat. Une telle révolution est-elle possible ? Et quels sont les pour et les contre du Freemium ?

Freemium, le début de la fin des jeux vidéo classiques ?

Candy Crush, Game of War, Clash of Clans, autant de titres de jeux jouables sur téléphone et téléchargeables gratuitement, et têtes de listes des jeux les plus téléchargés par les consommateurs. En effet, pourquoi se priver de jouer à un jeu gratuit quand on devrait payer 60 euros pour jouer à FIFA ou GTA ? Oui, mais voilà, dans chacun de ces jeux, de nombreux achats sont possibles pour personnaliser ses personnages, débloquer de nouveaux niveaux, acheter de meilleurs armes et objets, ou encore pour customiser son application. Des micro-achats en micro-achats qui peuvent coûter très cher à la fin, de nombreux joueurs se sont ainsi plaints d’avoir dépensé plus de 2000 dollars sur le jeu League of Legends au fil des ans.

Ces gros dépensiers sont appelés les baleines par les développeurs. Ils sont la petite poignée de joueurs qui dépensera des sous dans leur appli et la rendra rentable tandis que la grande majorité se satisfera des possibilités offertes par le jeu uniquement gratuites. Et là apparaît le deuxième problème majeur des jeux Freemium, car dans l’idée de faire dépenser ces baleines, les développeurs de jeux vont aller inspecter toutes les informations possibles trouvables sur le téléphone de l’utilisateur afin de pouvoir lui proposer des achats personnalisés.

Voici ce que dit un ancien développeur d’applications Freemium, sous couvert d’anonymat : « Nous savons tout de vous. Nous savons où vous habitez, nous savons votre niveau de revenus, nous connaissons vos relations, votre équipe favorite, vos préférences politiques. Nous savons où vous allez travailler, et quand. Nous pouvons même organiser un évènement payant quand nous voyons que vous avez un long week-end de libre de prévu. Nous vous possédons. »

Des propos qui font froid dans le dos, et laissent imaginer la puissance de la dérive du système. Le même personnage nous explique que si vous avez déjà reçu des invitations sur Facebook de filles au décolleté un peu trop plongeant, ce sont eux qui essaient d’atteindre la mine d’or que représente votre compte Facebook. Le développeur repenti affirme qu’il avait commencé dans cette branche quand l’unique but était de créer des jeux cools et accessibles à tous, mais qu’avec l’hyper-interactivité, les réseaux sociaux et la perte de toute vie privée, le concept a vite été repris par des entrepreneurs sans scrupule pour en faire un business énorme. Les jeux Freemium génèrent entre 7 et 8 milliards de dollars chaque année.

Apple a aussi dû faire face à un procès de parents pour les contraindre à préciser que les jeux Freemium disposait de contenu payant, après avoir vu de nombreux enfants dépenser des centaines de dollars sur le jeu Le Village des Schtroumpfs. Et de nombreuses personnes ont bien sûr critiqué l’iniquité des jeux entre les personnes n’utilisant que les fonctionnalités gratuites et celles étant prêtes à ouvrir leurs porte-monnaie pour disposer d’atouts supplémentaires.

Enfin, la série South Park a sorti un magnifique épisode, lors de sa saison 18, intitulé « Freemium isn’t free », et résumant assez bien la situation précaire du concept, avec une bonne dose d’ironie évidemment.

Freemium, le début de la fin des jeux vidéo classiques ?

Toutes ces polémiques ont porté de sacrés coups au business Freemium, mais aucune n’a apporté le coup de grâce. Au contraire, le système marche mieux que jamais, et certaines voix se sont élevées pour défendre le concept, et prédire un avenir plus que glorieux aux jeux Freemium, affirmant même qu’ils remplaceront prochainement les jeux à achat préalable. Sean Plott, un ancien pro de StarCraft nous explique ainsi qu’en téléchargeant un jeu gratuit puis achetant petit à petit de nouvelles fonctionnalités, les développeurs du jeu peuvent continuer à ajouter du contenu au jeu et à en améliorer les détails, chose impossible avec un jeu classique.

Freemium, le début de la fin des jeux vidéo classiques ?

Il nous explique ainsi que dans un jeu à achat préalable, si il y a la moindre chose qui vous gêne, les chances d’une mise à jour de celui-ci sont très rares, et il fort probable que vous vous retrouverez à jouer à ce jeu insatisfait ou à le laisser de côté. Avec les jeux Freemium, le moindre problème peut être corrigé très rapidement et constamment, car les développeurs disposent d’un retour sur expérience en fonction des achats des joueurs, mais aussi d’une somme de revenus continue leur permettant de continuer à travailler sur ce jeu plutôt que de passer au développement d’un autre.

Sean Plott nous prédit donc que, dans les années à suivre, le concept Freemium va s’étendre aux consoles de plate-forme telles que les Playstation et les Xbox en sortant des jeux jouables gratuitement mais avec de nombreuses autres fonctionnalités l’améliorant achetables après. Nintendo a même déjà sorti l’année dernière ces deux premiers jeux Pokemon Freemium, donc la prédiction de Plott a de grandes chances de s’avérer exact. La vraie question est : s’agit-il d’une belle opportunité pour créer de nouveaux jeux attractifs ou un danger mettant en péril les grands jeux de qualité ?

D’imaginer jouer à un FIFA mais de devoir payer pour pouvoir ajouter l’équipe de mon choix me paraît assez effrayant, mais de pouvoir jouer gratuitement aux missions principales de GTA sans avoir accès aux missions secondaires est beaucoup plus séduisant. Difficile de se faire un avis définitif sur la question, même si les techniques d’enquête sur les consommateurs ne peuvent être qu’unanimement condamnées, elles reflètent aussi la société d’aujourd’hui et le besoin du tout personnalisé.

Et vous, que pensez-vous qu’il va advenir du jeu vidéo sur consoles ? Pensez-vous que le concept Freemium pourrait s’y imposer et, plus important, le souhaitez-vous ?

 



Commenter cet article